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Cher fils : nous sommes en grève

Jordi Sierra i Fabra, auteur espagnol, nous montre dans son livre Querido hijo: estamos en huelga (Cher fils : nous sommes en grève) la vie quotidienne de parents et de leur fils, racontée depuis le point de vue de Felipe, un petit garçon âgé de 10 ans. Ses parents imaginent une méthode infaillible pour que celui-ci se rende compte de leur valeur. Chez Sympa-sympa.com nous avons trouvé cette stratégie très efficace - et pleine d'humour - pour donner une bonne leçon à ton enfant en cas de besoin.

L'année scolaire est finie, et Felipe, âgé de 10 ans, a échoué dans toutes les matières. Bien qu'il sache qu'il doit étudier pour faire du rattrapage, il décide de "se reposer quelques jours" avant de commencer. Ce qu'il ignore, c'est que le jour où il veut jouer aux jeux vidéo, au football ou aller chez son ami Adrien, quelque chose d'inhabituel va se passer : ses parents ont décidé de faire la grève.

Voici des extraits, traduits par nos soins, de ce livre fantastique, intelligent et rigolo. Bonne lecture.

- Papa…, dit dans un souffle Felipe avant que son père ne commence une autre partie.
- Quoi ? Tu ne vois pas que je joue ? Tu ne comprends pas ?


C'est exactement ce qu'il disait à ses parents lorsque ceux-ci l'interrompaient. Et il réalisa à quel point c'était désagréable.


- Allez, papa, ça suffit.... Bah c'est-à-dire que... je...

Il ne trouvait pas les mots corrects, et pendant ce temps, son père lui lançait un regard d'agacement et d'ennui.

- Je..., et finalement il s'effondra.

- Papa, qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu n'as pas vu les panneaux ?

- Si.

- Maman ne t'a rien dit ?

- Si.

- Bah voilà, on fait la grève.

- Toi aussi ?

- Bien sûr.

- Vous ne pouvez pas faire la grève.

- Ah, bon ? répondit le père, très étonné.

- Vous faites la grève pourquoi ? Dis-moi.

- Bah la grève des parents, répondit le père tout naturellement. Nous faisons la grève des parents.

Felipe savait très bien ce que c'était qu'une grève. Mais une grève des parents... C'était la première fois qu'il entendait parler d'une chose pareille.

- C'est ridicule, dit-il.

- Ah, bon ? Et pourquoi donc ?

- Parce que vous serez toujours mes parents.

- Oui, mais nous pouvons faire un arrêt pendant quelques jours, ou quelques semaines... ou des mois. Faire une pause. Et c'est bien ce que nous avons décidé de faire.

Son père respira profondément. Et poursuivit :

- Tu sais quoi ? C'est génial. On aurait dû y penser avant.

Le petit garçon cherchait des arguments, et le seul qu'il trouva fut :

- C'est un jeu ?

- Non, pas du tout.

- Je n'y comprends rien.

- Bah c'est très simple.

Le père laissa la télécommande sur la console, et lui dit d'un air grave :

- Nous sommes tes parents, nous ne sommes pas tes esclaves. À partir d'aujourd'hui... on vit dans une démocratie. Tu veux manger ? Prépare-toi ce que tu veux. Le frigo est plein, pas de souci, nous savons que tu n'as pas d'argent pour acheter quoi que ce soit. Tu veux mettre des vêtements propres ? Lave-les. Tu veux sortir ? Vas-y, mais assume ta responsabilité. Voilà, c’est tout.

- Mais... ce n'est pas juste.

- Et pourquoi donc ?

- Je suis un enfant.

- Ah, et parce que tu es un enfant, cela veut dire que tu peux faire tout ce que tu veux ? Arrêter, ne pas étudier, bouder, te fâcher, ne pas obéir, transgresser les règles, salir, ne pas ranger ta chambre, ne pas débarrasser la table, rester des heures à jouer aux jeux vidéo, te ficher de nous comme si on était débiles... Je continue ?

- Non, non, tout ce qui est dit et plus, je connais par cœur. Mais ce n'est pas juste, insista-t-il.

- Quelle idée !

- C'est-à-dire que je ne fais pas tout ça exprès. C'est que...

Son père croisa les bras.

- Tu t'es douché ? demanda-t-il.

- Non.

- Tu t'es brossé les dents ?

- Non.

- As-tu téléphoné à mamie, comme on avait dit, au moins une fois par semaine ?

- Non.

- Tu as fait tes devoirs de maths ou de langue ?

- Non, mais j'ai lu un bouquin.

- Ooooh ! Son père fit semblant d'avoir une attaque d'extase.

- Tu veux que je crie la bonne nouvelle par la fenêtre ? Que je le publie sur Internet ? Dois-je m'évanouir ?

- Non, fit Felipe, baissant la tête, contrarié.

- Et tu dis que tu ne te fous pas de nous ? Fiston, tu fais toujours ce qui te chante. Eh bien.... (il leva les mains) Nous aussi.

- D'accord, et si... ?

- Trop tard pour négocier, dit le père en reprenant la télécommande de la console. Allez, ouste ! Laisse-moi continuer mon jeu, je tiens à battre mon record.

- Mais...

- Ça suffit ! L'homme le regarda pour la dernière fois. Puis, il épela :

- G, R, È, V, E. Grève. Tu piges ? Très bien. Salut.

Et il reprit la télécommande pour commencer une nouvelle partie.

Et toi, feras-tu la grève ?