Et si on Faisait Tomber une Boule d’Acier dans la Fosse des Mariannes ?

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Il y a 3 ans
Et si on Faisait Tomber une Boule d’Acier dans la Fosse des Mariannes ?

C’est l’un des endroits les plus mystérieux du monde. Noyé dans l’obscurité et à des kilomètres sous l’eau, cet environnement extrême abrite des créatures et des phénomènes hors du commun. On l’appelle la fosse des Mariannes, et c’est la fosse océanique la plus profonde sur Terre. Pas étonnant qu’elle soit si difficile à explorer ! En raison des conditions particulièrement risquées, les gens ne peuvent pas découvrir cet endroit sans tout un équipement adapté. Mais que se passerait-il si on y lançait une boule d’acier ?

Commençons par l’essentiel : comment a-t-on découvert ce gouffre extrêmement profond dans l’océan ? Le HMS Challenger l’a repéré en 1875. Le navire disposait d’un équipement assez sophistiqué pour l’époque, mais il était loin d’être assez performant pour permettre l’exploration complète de la fosse. Quelques décennies plus tard, en 1951, un autre navire, le HMS Challenger II, est revenu sur les lieux, mieux préparé. Le navire était doté d’un écho sondeur et a pu prendre des mesures précises de ce qui semblait être le point le plus profond de la surface de notre planète. Si on l’observe en 2D, on constate que la tranchée mesure en moyenne 2400 km de long et 69 km de large. Lorsqu’on l’observe d’en haut, elle ressemble à une cicatrice en forme de croissant. Rien d’extraordinaire jusqu’ici, non ? Eh bien, si on tendait un fil depuis la surface de l’océan jusqu’au point le plus profond de la fosse, on obtiendrait une longueur stupéfiante de 11 km. Si nous étions capables de déplacer physiquement le Mont Everest — qui est la plus haute montagne de la Terre — pour recouvrir la fosse des Mariannes, cela ne serait toujours pas suffisant : il manquerait encore environ 1,5 km !

La fosse des Mariannes est tellement profonde qu’elle est presque entièrement plongée dans l’obscurité, car la lumière a du mal à atteindre des distances aussi extrêmes sous l’eau. La température n’est pas non plus très accueillante : quelques degrés seulement au-dessus du point de congélation. Mais la caractéristique la plus dangereuse de toutes est la pression de l’eau. Au point le plus profond de la tranchée, elle y est environ mille fois supérieure à la pression atmosphérique standard.

Très peu de personnes ont déjà tenté de descendre dans la fosse des Mariannes. En fait, la première tentative organisée a eu lieu il y a plus de 60 ans. Elle a été réalisée par Jacques Piccard et Don Walsh, dans un submersible. Ils n’ont mis que cinq heures environ pour descendre et ont passé à peine 20 minutes au fond. Hélas, ils n’ont pas pu prendre de photos. Jusqu’à ce que ces deux scientifiques parviennent à descendre, les spécialistes pensaient qu’il n’y avait que peu ou pas de chances que la vie puisse exister là-dessous, étant donné les conditions, notamment la pression extrême. Mais alors qu’ils étaient au fond, le projecteur du submersible a repéré une créature ! Et de fait, c’était une créature toute plate.

Comme tu peux l’imaginer, les ressources sont très rares ici. Quel genre de créatures peuvent bien habiter là en bas ? Et comment font-elles pour survivre, compte tenu de la rudesse de l’environnement ? Étonnamment, la faune et la flore de la fosse des Mariannes sont assez prolifiques. Certaines de ces créatures se nourrissent de substances chimiques pour survivre, comme le méthane ou le soufre, tandis que d’autres types de poissons s’alimentent de créatures marines plus faibles qu’eux dans la chaîne alimentaire. Les êtres vivants les plus communs que l’on trouve ici sont les xénophyophores, les amphipodes et les petits concombres de mer. Certains d’entre eux se sont adaptés en renforçant peu à peu leur coquille, grâce à l’aluminium tiré de l’eau de mer. Des créatures plus petites, comme les microbes, ont évolué en absorbant des émanations chimiques émises lorsque l’eau de mer frappe les rochers sous-marins. Mais la star de région en termes de faune et de flore, selon les scientifiques, c’est la Limace de mer des Mariannes. Elle est petite — de 8 à 23 cm — translucide et dépourvu d’écailles, mais c’est le prédateur principal de la zone.

Il n’est pas étonnant que certaines personnes aient commencé à croire que l’ancien Mégalodon pourrait encore vivre ici ! Tu te demandes peut-être ce qu’était un Mégalodon ? C’était le plus grand prédateur jamais connu dans l’histoire de notre planète, en fait le plus grand et le plus méchant requin qui ait jamais vécu. Les scientifiques pensent qu’il a disparu depuis un bon moment, et l’idée qu’il puisse encore se cacher dans la fosse des Mariannes n’est pas franchement argumentée. Le Mégalodon aurait dû apprendre à naviguer dans l’obscurité totale. Il aurait dû être bioluminescent ou évoluer pour avoir des yeux énormes. De plus, en raison de sa taille comparable à celle d’un bus scolaire, ce monstre des océans aurait eu besoin de beaucoup de nourriture. Les microbes et les petits escargots n’auraient pas fait l’affaire.

Alors, si une bille d’acier était lâchée dans la fosse, quel serait son effet sur celle-ci ? La boule serait-elle assez solide pour supporter une telle pression ? Examinons les aspects scientifiques de la question. Si nous supposons qu’il s’agit d’une grosse bille d’acier, la pression exercée au fond de la fosse ne serait pas suffisante pour l’affecter réellement et causer de vrais dégâts. Il lui faudrait cependant 12 bonnes minutes pour atteindre le fond de l’océan. Et la température alors ? Eh bien, il s’avère que la différence de température entre la surface et le fond de la fosse est assez impressionnante [une différence d’environ 30 °C]. Cela devrait donc faire rétrécir un peu la bille. Mais, de nouveau, une fois que la bille serait remontée à la surface, elle retrouverait tout simplement son état normal. Cela dit, si elle devait rester coincée là, il faudrait répondre à une autre question intéressante : la corrosion l’affecterait-elle ? La corrosion de l’acier dépend fortement de la quantité d’oxygène dans l’eau. La quantité d’oxygène dissous dans l’eau reste constante à des profondeurs supérieures à 5 km. Je vais t’épargner les calculs, mais il faudrait plus de 10 000 ans pour que notre bille d’acier rouille complètement sous la mer.

Évidemment, maintenant, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il nous faudrait à nous, les humains, pour pouvoir survivre à des profondeurs aussi extrêmes. Voyons ce qui a été utilisé dans le passé pour explorer ce lieu mystérieux : une petite chose appelée mousse syntactique. Pourquoi ? Parce que c’est le seul matériau qui peut à la fois flotter et résister à la pression ambiante. Sans cette sorte de protection, nos poumons ne survivraient pas longtemps. De plus, la pression de l’eau enverrait du liquide dans nos bouches, remplaçant ainsi l’oxygène dont nous avons tant besoin par de l’eau. Enfin, il faudrait absolument être capable de revenir à la surface rapidement si les choses ne se passaient pas comme prévu. L’un des appareils qui a déjà effectué une plongée profonde ici était lesté avec des poids d’acier de 450 kg pour lui permettre de couler. Ces poids étaient reliés au navire par un type de fil spécial dont la durée de corrosion dans l’eau de mer était augmentée de 11 à 13 heures, au cas où quelque chose ne se passerait pas comme prévu et qu’ils devraient remonter à la surface en urgence.

Étant donné les conditions difficiles qui règnent ici, le problème de l’approvisionnement en oxygène est également crucial. Tout véhicule souhaitant descendre dans la fosse des Mariannes devra envisager un dispositif permettant de recycler l’air afin de réduire la quantité d’oxygène à transporter. Et le dernier problème, mais non le moindre, serait l’électricité ! Il n’y a évidemment pas de prise de courant en bas pour charger ton téléphone. Il faut donc que la batterie ait une autonomie suffisante pour assurer toutes les fonctions nécessaires : communication, approvisionnement en oxygène, dispositifs d’éclairage, etc. Mais aucun de ces problèmes ne semble plus être vraiment un défi puisque, depuis peu, il est possible de faire une excursion jusque dans la fosse des Mariannes !

Trois chanceux ont participé à ce projet en 2020. Ils ont été immergés dans une sphère en titane de 9 cm d’épaisseur. Cela leur a permis de ne ressentir aucun changement de pression ni aucun stress physiologique. Chacun des passagers a effectué un voyage individuel d’une durée estimée à environ 14 heures. La descente elle-même a duré plus de quatre heures. Une fois arrivés en bas, ils ont eu la chance d’observer certaines des créatures les plus extraordinaires de la planète. Et ensuite, il était temps d’entamer leur remontée de quatre heures vers la surface.

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