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À chacun son destin. L’histoire d’une décision spontanée qui a transformé la vie pour le mieux

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Alexandre Bessonov, originaire de Novossibirsk, est un virtuose des petites nouvelles. Ses histoires touchantes et pleines d’humour ont conquis le cœur de ses nombreux abonnés sur VK et Facebook. Et bien qu’Alexandre précise que les héros de ses œuvres sont tous des personnages fictifs, cela ne les empêche pas d’être très vivants et très attachants.

Chez Sympa, on a beaucoup aimé les récits d’Alexandre. Et avec la permission de celui-ci, nous publions le texte " Mon parcours “ (“My Way”), chargé d’optimisme, sur la façon dont peut changer notre destin lorsqu’on le prend en main.

Bien sûr, Tatiana rata ses tests d’entrée à l’université. Il était temps pour elle de retourner dans sa petite ville natale où l’attendaient des parents compatissants et des camarades de classe mesquins. Faire un BTS, se marier, avoir un bébé dans la foulée, motiver son mari bourré de la veille à aller au travail, se plaindre à ses copines et faire des confitures pour l’hiver, cette perspective d’avenir ne l’enchantait guère. Sans-façons. Laissez ce chemin ordinaire aux autres, elle, elle a son parcours !

Quand Tatiana alla retirer son nouveau dossier d’inscription au concours d’entrée à l’université, une pensée timide lui traversa l’esprit. Mais en fait, pourquoi entrer en fac d’histoire où pour une place, il y avait 15 candidats ? L’essentiel est de faire des études supérieures universitaires, et peu importe la filière.
Il y avait aussi la faculté de mathématiques et d’informatique avec trois candidats pour une place.
Et enfin, le département de physique, avec 1,7 candidat pour une place, on dirait presque un problème d’algèbre au lycée !

Dans le couloir de l’université, une annonce attira son attention : “Job étudiant, vestiaire — logé, nourri”. Cela lui parut être une bonne option : travailler au vestiaire la journée, étudier le soir pour se remettre à niveau en physique en un an. L’idée faisait son chemin et commençait à prendre forme.

Tatiana annonça à ses parents qu’elle allait suivre des cours de remise à niveau à l’université. Ils ne comprenaient pas de quoi il s’agissait, mais ils étaient très heureux pour leur fille. Et même, de temps en temps, ils lui envoyaient de l’argent.

Tous les jours, elle s’installait au vestiaire et tentait de déchiffrer un livre épais qui s’intitulait La Physique pour les nuls. Mais, son plan s’avéra beaucoup plus difficile que prévu. Tout d’abord, elle s’épuisait à porter de lourds vêtements toute la journée. Ensuite, le contenu du manuel échappait totalement à Tatiana. En fait, son professeur d’enseignement secondaire était polyvalent et il privilégiait l’éducation physique à la physique-chimie. Selon lui, la physique était une science inutile et il se réjouissait du fait, qu’à l’époque, des personnes intelligentes ont mis au bûcher Giordano Bruno.
Donc au lieu de résoudre des problèmes avec des volts et des ampères, toute la classe jouait au basket. Mais auparavant, ça n’avait jamais contrarié Tatiana. Car elle réussissait à merveille le panier à trois points.

Au printemps, elle n’avait lu que la moitié de l’ouvrage. Mais la jeune femme était persévérante, elle ne comptait pas abandonner maintenant. Même si elle ne comprenait pas le contenu, elle pouvait quand même mémoriser les formules et apprendre par cœur les définitions. Le jour des examens arriva. Tatiana avait brillamment réussi sa présentation mais elle avait raté l’épreuve de physique. Elle n’avait résolu aucun problème. L’examinateur, un homme imposant à lunettes, était sur le point de lui mettre une note éliminatoire. Mais il décida au dernier moment de l’interroger sur quelques définitions. Allez, hop, 10/20, et elle a sa carte d’étudiante en poche !
Dans le groupe, il y avait 26 mecs. Elle était la 27e.

Il s’avéra qu’étudier était encore plus dur que de rentrer à l’université. Tatiana ne comprenait rien aux cours magistraux, ni aux séminaires, ni aux travaux pratiques. C’était une honte !
Une fois, elle avait été appelée au tableau, le professeur lui proposa de simplifier l’expression :

Sin alfa

———— + .....
Cos alfa

La jeune femme se souvint qu’il était possible de simplifier les mêmes valeurs au numérateur et au dénominateur dans une fraction. Et elle écrivit donc :

in alfa
———— + .....
Co alfa

Elle venait de simplifier le S.

Tout le groupe était hilare. Tout le monde disait ouvertement que Tatiana était stupide. Mais miraculeusement, elle réussit à valider ses premiers partiels. Plusieurs rattrapages, des révisions 24 heures sur 24, des somnifères. Stop, ça suffit ! se dit-elle. Je reste jusqu’aux partiels de juin puis je me tire d’ici !

Les fêtes de fin d’année approchaient. Elle devait souhaiter la bonne année à tous ses camarades de classe mais elle n’en avait aucune envie. Pourquoi s’adresser à ceux qui te méprisent ?
Mais sa maman réussit finalement à la convaincre de le faire malgré tout. Elles ont décidé d’offrir à chaque jeune homme une petite carte de vœux. Tatiana n’a pas chômé. Elle a écrit 26 poèmes avec des jeux de mots scientifiques.

“Victor jouait avec son transistor, Victor l’a planté dans le décor !
Bonnes fêtes à toi, Vitya ! Ta chemise, d’un bleu intense, fait ressortir tes yeux !”

Les mecs ont été si surpris et si touchés par cette petite attention qu’ils ont alors cessé de se moquer de Tatiana. Par dessus tout, ils ont décidé d’aider la jeune femme. Lorsqu’elle ne comprenait pas quelque chose, généralement, l’un de ses camarades lui expliquait le cours en détail.

Pour son anniversaire, Tatiana reçut un bouquet de 27 roses, l’une d’elles venait du fameux professeur qui voulait la recaler au premier examen. C’était la première fois de sa vie qu’elle recevait un bouquet aussi splendide. Lorsqu’elle apporta les roses dans sa résidence étudiante, toutes ses voisines sont venues la voir. Certaines étaient vertes de jalousie, d’autres proposaient de revendre les fleurs à bon prix avant qu’elles ne se fanent.

Elle réussit ses partiels de juin et obtint même la mention. Et l’année suivante, elle était devenue brillante, c’était la meilleure étudiante en physique de l’université. Une longue et glorieuse carrière s’ouvrait à elle.
Tatiana Maksimovna Kolokoltseva — docteure en physique et en mathématiques, auteure de plusieurs manuels scolaires, grande spécialiste de la formulation de matériaux polymères — s’intéresse également à l’Histoire.


Alors, est-ce que tu as aimé ce récit ? Et toi, quelles sont tes plus belles réussites dues à ta persévérance ?

Illustré par Leonid Khan pour Sympa
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