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Le récit ironique d’une femme qui explique pourquoi elle trouve injustifié qu’on la traite de vénale

Récemment, j’ai reçu un message d’un homme que je croyais être mon ami et qui est... mort. C’est d’ailleurs exactement ce qu’il m’a écrit : “Pour toi, je suis mort”. J’ai voulu faire de l’esprit en lui répondant que : “ce qui est déjà mort ne peut pas mourir”, mais je n’ai pas eu le temps : je m’étais faite blacklister.

La raison de cette rupture amicale est la suivante : j’ai refusé de résoudre gratuitement les problèmes de sa petite amie. Elle voulait que je corrige son mémoire de fin d’études et lorsque j’ai annoncé mes tarifs, tout est parti en cacahuète. En résumé, je me suis fait traiter de saloperie ingrate et vénale parce qu’il y a quelque temps, le couple m’avait déjà généreusement offert... une glace. J’aurais probablement eu droit à une tablette de chocolat pour le mémoire corrigé, qui sait ?

L’autre jour, un homme qui avait l’air de flirter avec moi m’a demandé s’il y avait quelque chose que je désirais vraiment dans la vie. Sans trop réfléchir, je lui ai répondu très sincèrement que je souhaitais la paix dans le monde et une paire de lunettes de vue toute simple. En réponse, j’ai reçu un message de quatre pages m’expliquant que je n’étais qu’une pétasse cupide comme toutes les autres femmes qui préfèreraient vendre père et mère pour trois francs six sous plutôt que de tomber amoureuses d’un homme bien et faire tout pour mériter d’être aimées en retour. Mais non : elles, elles ne pensaient qu’à se faire offrir tous les cadeaux possibles et imaginables : lunettes, appartements et... même des tickets de métro. J’ai voulu répondre qu’en effet, je ne cracherais pas sur un petit studio s’il insistait, mais j’ai laissé tomber.

Je ne l’ai jamais nié : je ne suis pas du tout douée pour flirter. Je suis aussi à l’aise au rayon coquetterie qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. J’ai donc interrogé mes copines pour savoir ce que je faisais de travers. Cet homme a-t-il vraiment cru que je voulais qu’il m’achète des lunettes ? Elles ont rigolé et répondu que j’aurais dû lui écrire que je voulais courir à sa rencontre dans la nuit sous la neige, me promener avec lui sur les rives d’un fleuve glacé en récitant du Verlaine pour ensuite l’embrasser longuement et éperdument sur un banc dans un parc. Hum...

Une autre copine me raconte qu’elle a rencontré un homme. Il l’invite à un rendez-vous galant. Elle écrit qu’elle quitte le travail à 19h et lui propose d’aller prendre un café. Il lui répond alors qu’il est surpris par autant d’arrogance de la part d’une femme de cinquante ans. Il estime qu’avant de l’inviter à prendre un café, ils devraient d’abord faire connaissance et aller se promener ensemble quelque part. Bien sûr, il ne s’est jamais dit que dehors, il fait moche et froid, que la personne a eu une longue journée de travail derrière elle (ma copine est chirurgienne à l’hôpital et elle passe quasiment toutes ses journées debout) et qu’il commence à faire nuit très tôt. Mais non : il lui faut tout de même mériter sa tasse de café, sinon eh bien, c’est la preuve qu’elle est vraiment trop intéressée.

Voici encore un autre exemple. J’ai rendu un service à un homme que je connais. Pour me remercier, il m’envoie une carte virtuelle avec des fleurs. Alors, je lui demande de but en blanc : “Tu es complètement fauché ou quoi ?” Je ne cache pas l’adresse de mon domicile, il connaît mon numéro de téléphone. Il aurait pu commander un bouquet de fleurs par internet et me le faire livrer, mais cela ne lui a même pas effleuré l’esprit.

Toutes mes copines et moi-même pouvons nous payer (et à toi aussi, lecteur !) un café, un dîner, un taxi, quinze bouquets de roses et pourquoi pas, une caisse entière de chocolats. Nous payons nous-mêmes nos charges, nos billets d’avion, nos robes, nos chaussures et nos lunettes. Personne ne doit rien payer pour nous. Personne n’est obligé de nous entretenir. Et nous comprenons toutes que ce n’est pas une simple question d’argent, mais d’estime de soi.

Être cupide, ce n’est pas vouloir être payé pour un service rendu, mais croire penser que tout doit être gratuit pour vous. Je suis financièrement indépendante depuis l’âge de 18 ans et ne veux rien avoir à faire avec des personnes pour qui l’autonomie financière est un exploit.

Payer un service rendu ou rémunérer quelqu’un pour son savoir-faire est tout à fait normal. Offrir une bouteille de vin ou une boîte de chocolats quand on est invité l’est aussi. Inviter ses amis à déjeuner n’a rien d’anormal non plus, tout comme offrir des fleurs et des cadeaux. Il est beaucoup plus facile d’exprimer sa gratitude, son attention, son intérêt ou son amour avec un objet tangible. Dans ce cas, une rose n’est plus une simple fleur, mais un moyen de dire “merci”. Un café n’est plus une simple boisson, mais une façon de dire “je suis prêt à prendre soin de toi”. Un billet de 20 euros n’est plus un simple billet de banque mais une manière de dire “je te remercie de m’avoir consacré ton temps et partagé tes connaissances”.

Voilà. C’est tout ce que je voulais dire aujourd’hui. Bises.

Sympa publie ce texte avec l’accord de son auteure, psychologue et bloggeuse Elena Pasternak.

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