La Civilisation qui a Disparu sans Laisser de Trace // L’Énigme des Anasazi

Histoires
Il y a 9 mois

Imagine que tu puisses te convertir en archéologue le temps d’une journée. Tu vas parcourir le monde pour résoudre le mystère de civilisations disparues depuis longtemps sans que l’on ait compris pourquoi. Attrape un burin (et un chapeau), et c’est parti !

[1] Tu arrives dans le Sud-Ouest américain, où un mystère très ancien attend d’être résolu. Tu te rends à Chaco Canyon, juste à la sortie d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Il fait chaud et sec dans cette zone déserte. Tu es ici pour visiter les anciennes ruines du peuple Anasazi. On dit que c’était une civilisation florissante qui a connu une fin inexplicable. Après quelques kilomètres de marche, tu commences à distinguer la trace d’habitations, des constructions en pierre, au milieu du Canyon. C’est le Pueblo Bonito, un complexe du 10e siècle qui contient jusqu’à 800 pièces et s’élève sur 5 étages. Les bâtiments sont magnifiques et faits de grès. Pour accéder au site, les habitants ont construit un réseau de 650 km de routes, dont certaines font 9 mètres de large. Il est difficile de croire qu’il a été construit il y a si longtemps. Tout semble tellement bien conservé !

Les Anasazi ont régné sur la région dite des Four Corners de l’an 100 de notre ère à environ 1 600 après JC. Pendant cette période, ils ont créé une civilisation qui s’étendait sur plus de 78 000 km², dont le Colorado, le Nouveau-Mexique, l’Utah et l’Arizona. Lorsque l’on se tient à l’intérieur d’une énorme kiva, une chambre de cérémonie souterraine, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’est devenu le peuple Anasazi. Les scientifiques ont analysé les anneaux des arbres locaux et découvert que la population Anasazi a vécu une période de grande sécheresse. La sécheresse aurait duré 23 ans, et il est possible qu’il n’y ait pas eu de pluie du tout pendant tout ce temps. Cela a certainement affecté leurs moyens de subsistance : de la malnutrition aux batailles pour la nourriture et les ressources. Mais était-ce suffisant pour que 30 000 personnes fuient leur foyer ? Les chercheurs affirment que ces personnes ont quitté leurs maisons en laissant tous leurs biens sur place. Des louches ont été abandonnées dans des bols en céramique ; les greniers étaient remplis de provisions. C’était comme s’ils avaient l’intention de revenir, mais n’en avaient jamais eu l’occasion.

Pendant de nombreuses années, les archéologues ont cru que la sécheresse était la raison de la disparition de cette communauté prospère. Mais il existe d’autres preuves qui indiquent une histoire différente. Les anthropologues affirment que les Puebloans Ancestraux, comme on les appelle aussi, étaient une population exemplaire. Ils étaient pacifiques et cohabitaient tous en harmonie. Mais ce n’est pas ce que montre leur architecture. Ils se sont isolés du reste du monde en construisant leur village au sommet de falaises. Et ils ont construit des murs et d’autres structures de sécurité afin de se protéger. De quoi avaient-ils si peur ? Récemment, les archéologues ont commencé à étudier les ossements fossiles des Pueblos Ancestraux, et ils ont trouvé des preuves qui suggèrent que vers la fin de leur civilisation, la situation a pu dégénérer. Les preuves montrent que les chefs locaux gouvernaient en utilisant des méthodes basées sur la peur. Des punitions sévères ont commencé à être infligées à ceux qui ne suivaient pas leurs règles strictes. La raison de cette situation reste un mystère, et il faudra sans doute de nombreux autres travaux de fouilles pour découvrir la vérité.

[2] Par chance, ta prochaine destination est toute proche. Toujours au Nouveau-Mexique, tu vas découvrir le Blackwater Draw. C’est un site préhistorique national qui renferme l’histoire du peuple Clovis. Tu seras surpris d’apprendre que les Clovis sont probablement les plus anciens humains à avoir habité les États-Unis. Ce sont les premiers humains à avoir traversé le détroit de Béring et à avoir suivi les voies qui n’étaient pas glacées jusqu’aux plaines du sud des États-Unis. Essaie de t’imaginer à quoi ressemblait cette région lorsque les Clovis la sillonnaient : un immense lac alimenté par des sources, où erraient des mammouths, des paresseux géants, des tigres à dents de sabre et des bisons bien plus gros que ceux d’aujourd’hui. Le site archéologique que tu visites montre que les individus Clovis étaient des chasseurs de gros gibier. Il a été possible d’identifier les ossements de plusieurs mammouths et même les outils en pierre que ces ancêtres préhistoriques utilisaient pour les chasser. Certains de ces outils remontent à 13 000 ans, c’est-à-dire à la fin de la dernière période glaciaire.

Deux hypothèses prévalent pour expliquer la disparition de la population Clovis. Il est possible qu’au cours des 1 500 dernières années de la dernière période glaciaire, les changements climatiques aient provoqué une pénurie de nourriture. Les scientifiques pensent également que cette situation a été aggravée par une chasse excessive. Une autre théorie suggère qu’un gros météore a frappé l’Amérique du Nord, ce qui a suffi à modifier le climat et à pousser les Clovis à migrer vers le sud pour tenter de survivre. Mais la vérité est qu’il n’y a aucune preuve irréfutable que ces événements se soient produits.

[3] Ensuite, tu t’envoles vers l’océan Pacifique, vers la mystérieuse île de Pâques. Cet endroit a suscité — et suscite toujours — de très nombreuses questions, de la construction de statues représentant des visages de 4 mètres de haut à la disparition soudaine du peuple Rapa Nui qui habitait la région. On s’approche de l’île à Anakena — une plage de sable blanc sur la côte nord de l’île. Les chercheurs pensent que cette zone a été l’un des premiers établissements des Rapa Nui. On pourrait dire que tu te trouves au bout du monde, car tu es à plus de 4 800 km de l’Amérique du Sud et à 1 600 km de l’île la plus proche. Vers 800 de notre ère, lorsque les premiers humains sont arrivés, l’île était une oasis. Aujourd’hui, la zone est pratiquement déserte.

Tu découvres un premier indice relatif à la disparition des Rapa Nui dans une fosse d’excavation que tu déblaies sur la plage. Il y a des preuves évidentes de la présence humaine : du charbon de bois, des outils et des os — dont certains appartiennent à des rats. Bingo. Quand les humains sont arrivés sur l’île de Pâques, ils ont amené avec eux des rongeurs. Ils ne le savaient probablement pas à l’époque, mais ces rongeurs allaient largement contribuer à leur disparition. Les rats aiment les palmiers, ce qui a contribué à déforester progressivement la végétation naturelle de l’île au fil des années. Mais il y a un autre indice ! En consultant les données génétiques, on découvre que les Sud-Américains sont entrés en contact avec les Rapa Nui vers 1722. Ce qui a pu arriver à cette population est la même chose que ce qui est arrivé à d’autres groupes plus isolés. Le contact avec des groupes étrangers a entraîné des maladies qui ont peut-être conduit à la fin des Rapa Nui.

[4] Pour conclure ton voyage, tu te diriges vers le Cambodge. Ce pays a autrefois abrité le grand empire khmer du 9e siècle au 15e siècle de l’ère chrétienne. Les ruines de cet endroit sont splendides. Ton principal site de fouilles est la plaine d’Angkor, construite le long du fleuve Mékong. Cet immense site était la plus importante cité khmère de l’époque. Pour info, “Angkor” signifie en fait “capitale” en langue khmère. Les Khmers ont pu construire un immense réseau de routes reliant Angkor au reste de l’Empire. Et l’on estime que jusqu’à un million de personnes étaient réparties dans l’Empire khmer à son apogée. C’était la plus grande ville préindustrielle du monde. Sa taille est comparable à celle de l’actuelle Los Angeles, pour que tu puisses te faire une idée.

Les Khmers étaient également de grands bâtisseurs et ingénieurs. Ils ont réussi à construire un système d’irrigation complexe qui a facilité la culture du riz au fil des siècles. Et pour relier leurs villes, ils ont construit près de 500 kilomètres de larges routes et de ponts complexes. Oh, sans parler de l’architecture complexe de leurs édifices religieux, comme Angkor Wat, l’un des sites touristiques les plus visités du Cambodge. Il a fallu plus de 30 ans pour le construire, et il s’étend sur près de 200 hectares. À l’époque, ses tours étaient probablement décorées d’or. Mais aujourd’hui, le site est un dédale de temples recouverts de végétation.

Comme les autres chercheurs qui sont venus ici avant toi, tu n’es pas certain de savoir pourquoi cette civilisation a été rayée de la carte. L’une des hypothèses possibles est liée au climat de la région. De fortes moussons ont pu provoquer des inondations massives et endommager gravement les infrastructures, notamment le système d’approvisionnement en eau dont le peuple khmer dépendait pour survivre. Mais une autre raison pourrait être liée aux conflits régionaux et à l’immigration. Vers la fin du 15e siècle, l’Empire a commencé à décliner en nombre d’individus, ce qui a pu affaiblir sa puissance. Il est possible que tu ne rentres pas chez toi avec beaucoup de réponses, mais tu as certainement appris beaucoup de choses, pas vrai ?

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