La Grande Muraille est Empoisonnée + Quelques Histoires de la Chine Ancienne

C’est curieux
Il y a 7 mois

Eh non, il n’est pas possible de voir la Grande Muraille de Chine depuis l’espace. C’est un mythe qui nous laisse songeurs, mais ce n’est rien de plus qu’une idée reçue. La NASA l’a confirmé, et maintenant tu le sais toi aussi. Pourtant, la muraille est un endroit magnifique, et aujourd’hui c’est ton jour de chance : on va t’y emmener, alors boucle ta ceinture !

Nous nous rendons en Chine, le second plus grand pays d’Asie, et le troisième plus grand territoire au monde, et, avec ses plus d’1,3 milliard d’habitants, toujours le plus peuplé aujourd’hui. Même si l’Inde s’en rapproche et prendra probablement bientôt la première place. La Chine est également l’une des nations les plus anciennes au monde, avec 3 500 ans d’histoire écrite ininterrompue, mais la civilisation existait déjà avant cela ! Les historiens estiment que la Chine n’a pas été peuplée par des colons venus d’ailleurs à l’origine. La civilisation chinoise s’est très probablement formée à partir des populations locales de l’âge de pierre, qui vivaient sur ce territoire depuis la préhistoire. Il n’est donc pas étonnant que le pays regorge d’histoires et de monuments anciens, et nous allons t’en montrer quelques-uns.

Nous sommes à la Grande Muraille. Elle fait plus de 21 000 kilomètres de long, soit presque cinq fois la distance qui sépare New York de Los Angeles. Ou encore un peu plus longue que la distance entre le pôle Nord et le pôle Sud. C’est impressionnant en soi, même à notre époque. Bien sûr, elle ne s’est pas faite en un jour. À vrai dire, la muraille a été érigée au fil des siècles. Tu sais sans doute que les cités anciennes étaient entourées de remparts, pour protéger leurs habitants des envahisseurs ?

Eh bien, les villes chinoises en avaient aussi. Le premier empereur de Chine a unifié le pays en 220 avant J.-C. et a eu une idée aussi brillante qu’ambitieuse : transformer toutes les enceintes de toutes les villes en une gigantesque muraille qui défendrait la frontière de l’empire. C’est ainsi que le processus a débuté, et au début, la muraille n’était faite que de terre battue et de bois.

Chaque empereur successif reprenait le projet de la grande muraille, la renforçant, l’étendant et la réparant au fur et à mesure, mais apportant aussi à chaque fois des techniques plus modernes de construction. Certains ont favorisé les briques pour ériger la muraille, d’autres des blocs de granit et de marbre. Les tours de guet et les plates-formes n’existaient pas non plus à la base : elles ont été ajoutées 19 siècles après le début de la construction.


La muraille n’est donc pas très homogène en termes de matériaux, mais cela ne fait qu’ajouter à son charme et montre le temps et les efforts qu’elle a nécessités. Tu peux remarquer que certaines briques portent des inscriptions gravées — elles ont été laissées par les ouvriers en charge de ces travaux. Ces inscriptions avaient pour but de garantir la qualité : elles recèlent une mine d’informations, telles que l’emplacement, la quantité de pierres et les fonctionnaires responsables de la construction. Ainsi, en cas de problèmes liés aux matériaux ou à la conception, on savait tout de suite qui était le responsable.

N’oublie pas non plus que la muraille est toxique. Pour éviter qu’elle ne soit attaquée par les insectes, de l’arsenic — un fameux poison — a été inclus dans sa construction. Mieux vaut donc ne pas la lécher, des fois que tu aies ce genre de lubies bizarres...

La construction s’est arrêtée à la fin du 19e siècle, parce que la muraille avait perdu son importance stratégique et militaire, en raison des progrès technologiques de par le monde. Les murs d’enceinte sont beaucoup moins pratiques qu’auparavant, leur efficacité étant même proche de zéro. La construction a donc duré plus de 2 000 ans, ce qui en fait toujours le plus long projet de construction au monde.

Hélas, aujourd’hui, la Grande Muraille fait plutôt pâle figure. On estime que seulement 8 % de ses murs sont encore en bon état, le reste étant considérablement endommagé. En outre, environ un tiers de la muraille a disparu sans laisser de traces, en raison de l’érosion naturelle et des dégâts causés par l’homme. Par ailleurs, de nombreuses briques ont été retirées du mur au cours du siècle dernier, pour être utilisées dans la construction des fermes et des maisons.


Aujourd’hui encore, le mur est déconstruit pierre après pierre, mais cette fois-ci par les touristes : bon nombre d’entre eux en dérobent une pierre en guise de souvenir. Cela fait beaucoup de cailloux, sachant que plus de 50 millions de touristes visitent la grande muraille chaque année... Nous n’emporterons donc pas de souvenir de notre voyage d’aujourd’hui, mais nous en conserverons simplement la mémoire.

Visitons à présent la Cité interdite. Il s’agit d’un palais impérial dont la construction aura duré 16 années et s’est achevée il y a 600 ans. Aujourd’hui encore, c’est le plus grand palais au monde : il compte 980 bâtiments et plus de 8 000 pièces. Pourquoi la dit-on interdite ? Eh bien, il y a des siècles, les gens comme vous et moi ne pouvaient aucunement se promener dans les rues de cette cité, car elle était considérée comme un lieu sacré destiné à abriter l’empereur. Personne ne pouvait entrer ou sortir de la ville sans sa permission.

Aujourd’hui, les Chinois l’appellent plus souvent “l’ancien palais” — enfin, l’équivalent en mandarin — qu’on ne va même pas essayer de prononcer. Sa conception n’est pas du tout due au hasard : ses détails reflètent l’architecture traditionnelle chinoise, et même les couleurs sont choisies en accord avec la philosophie Feng shui. Les toits de la ville sont jaunes, ce qui représentait le pouvoir suprême de l’empereur. La plupart des murs et des piliers de la ville sont rouges, représentant le feu, la terre et la robustesse.

Les sols y sont faits de “briques d’or”. Il ne s’agit pas d’or à proprement parler, mais, étonnamment, elles sont tout aussi précieuses. Il est très difficile de les fabriquer, et surtout de reproduire cette technique ancienne. Deux dalles originales de la Cité interdite ont été vendues pour 800 000 yuans, soit 106 000 euros !

On peut également voir des statues d’animaux sur les toits — tout comme les couleurs, ceux-ci portent une signification dans la culture chinoise. Les dragons, les phénix et les lions sont les plus puissants. Les dragons symbolisent la force et la bonne fortune et occupent une place centrale dans cette culture. Ils apparaissent partout : dans les idiomes chinois, les légendes, l’astrologie, l’art, etc. Dans la Chine ancienne, les empereurs étaient considérés comme des fils de dragons (il semble donc que les Targaryen de Game of Thrones ne soient pas les seuls, après tout), et les gens ordinaires n’avaient même pas le droit de détenir des objets à l’effigie du dragon.

Quant au phénix, dans la mythologie chinoise, sa rare apparition lors de l’accession au trône d’un nouvel empereur était un signe de bon augure. Dans le Feng Shui, il est également un symbole de chance et, lorsqu’il est utilisé à bon escient, il est censé apporter une énergie positive à la maison. Les lions, quant à eux, sont synonymes de force et de puissance. On les trouve toujours en paires : un mâle et une femelle, et ils sont les gardiens du lieu. Le nombre de statues d’animaux sur le toit suffit à indiquer l’importance du bâtiment.

La cité est faite de bois et sans aucun clou — ceux-ci étaient associés à la violence et n’ont donc jamais été les bienvenus. Tu peux imaginer qu’une ville toute en bois présente de sérieux risques d’incendie... Il suffirait d’une petite étincelle pour que la cité, dont l’histoire remonte à six siècles, soit rapidement réduite en cendres. La prévention des incendies est donc prise très au sérieux. La Cité Interdite dispose d’une variété d’équipements de lutte contre les incendies, et il existe même une brigade spéciale de pompiers qui connaît le plan de la ville comme sa poche et qui la surveille tous les jours.

En te promenant dans la ville, tu remarqueras quelque chose de tout à fait inhabituel : aucun oiseau ne se pose jamais sur ses toits. Lors de la construction de la cité, on a tenu compte des oiseaux et les ingénieurs ont érigés ces toits d’une façon particulière, afin qu’aucun oiseau ne puisse s’y poser ou y demeurer. Les arrêtes des toits sont plus larges que les griffes des oiseaux et la pente de chacun est surélevée. De plus, les toits sont faits de tuiles glissantes, de sorte que les volatiles ne peuvent pas du tout s’y tenir. Qu’avaient-ils contre les oiseaux ? Eh bien, de cette façon, la ville reste plus propre et plus majestueuse...

Il n’y a certes pas d’oiseaux, mais il y a plus de 100 chats qui rôdent dans la ville. Ils jouent d’ailleurs un rôle important dans cette histoire. Certains de ces chats descendent directement de la famille impériale. Vois-tu, deux des dynasties qui ont occupé la Cité Interdite possédaient des chats. Ces dynasties se sont ensuite effondrées, mais les chats sont restés dans la ville et y ont vécu depuis lors. Bien sûr, quelques chats errants se sont ajoutés à la famille impériale au fil des ans.

Mais personne ne s’en préoccupe, et aucun test ADN n’a été effectué pour déterminer lequel pouvait bien être un authentique aristo-chat... Après tout, ils arpentent tous la ville de la même manière, chassent les souris (et peut-être quelques oiseaux égarés) et protègent la cité. Tous les chats sont donc les bienvenus.

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