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Comment vivaient les dames au temps d’Aliénor d’Aquitaine, du roi Richard Cœur de Lion et des preux chevaliers

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Beaucoup d’entre nous pensent que le Moyen Âge était une période obscure et sombre et que les femmes nées à cette époque avaient une vie terrible et dénuée de toute joie. Pourtant, ce n’était pas le cas, même s’il est vrai qu’à cette époque, la condition des femmes oscillait entre vénération et dénigrement, indépendance et soumission. Par exemple, selon leur statut marital, les femmes de la noblesse n’étaient pas toujours considérées comme un membre à part entière de la famille, tandis que d’autres, mieux placées dans la lignée et dans la société, étaient admirées et respectées. Et à l’instar d’Aliénor d’Aquitaine qui fut deux fois reine, du Royaume de France puis du Royaume d’Angleterre et mère du roi Richard Ier Cœur de Lion, elles se consacraient à la musique, aux promenades champêtres, allaient chasser, écrivaient des poèmes et même des traités médicaux.

Chez Sympa, nous aimons nous plonger dans les idées reçues pour justement les démystifier. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous avons décidé d’étudier quelle était la réalité de la vie et de la condition des châtelaines et des preux chevaliers à l’époque médiévale.

Comment étaient les jolies dames

Au Moyen Âge, les canons de beauté étaient des femmes minces, blondes aux cheveux bouclés. Les yeux bleus gris étaient très appréciés. Un visage ovale et allongé était à la mode. Les femmes enlevaient tous les petits cheveux du front (sourcils inclus).

La technique d’épilation employée était à base de sulfure naturel d’arsenic et de chaux vive. Sur leur crâne dénudé, les femmes pouvaient appliquer d’autres substances telles que du sang de chauve-souris, technique déjà utilisée sous l’Empire Romain ou encore du sang de grenouilles ou de la cendre mouillée dans du vinaigre. Ces applications étaient censées empêcher la repousse des poils.

Les femmes nobles préféraient la couleur bleue aux autres car, pour elles, elle symbolisait la pureté et l’innocence. Les dames anglaises se mariaient en robe bleue et cette coutume est rapidement devenue une tradition matrimoniale : la tenue de la fiancée devait impérativement comporter une pièce de vêtement de cette couleur (tradition qui demeure aujourd’hui).

À l’époque, les teintures coûtaient cher et celles provenant de l’étranger encore plus. Et comme il était important pour les gens riches de montrer qu’ils avaient assez d’argent pour s’offrir des matières coûteuses, les tenues des nobles dames et des châtelaines devaient être d’une couleur rare et éclatante. Les tissus de moindre qualité, grisâtres et ternes, plus facile à produire, étaient réservés aux gens pauvres qui utilisaient des matières courantes, teintées avec couleurs végétales, et non minérales, moins coûteuses.

La symbolique des couleurs était très importante au Moyen Âge. Le rouge était associé à la richesse et à l’héroïsme, et le vert à la légèreté de la relation amoureuse. En effet, on pensait que le vert était le symbole de la frivolité et des amours libres des filles dont les vêtements étaient couverts de taches d’herbes résultant de leurs ébats amoureux. C’est ainsi que la chanson “Greensleeves” (les manches vertes) naquit. Selon la légende, le roi Henri VIII la dédia à sa seconde épouse Anne Boleyn, ce qui n’était donc pas du tout une déclaration d’amour mais une véritable offense, car les manches vertes étaient un attribut des vêtements des courtisanes.

Une vraie dame de l’époque : à la fois manager, infirmière et chasseuse

Les principales tâches qui incombaient aux femmes issues de la noblesse étaient de s’occuper de l’économie domestique ainsi que de la répartition du travail de dizaines de serviteurs. En plus de cela, la châtelaine était supposée connaître les rudiments de la médecine et être capable de prodiguer les premiers soins ainsi que d’organiser la vie au château pour garantir la meilleure santé aux gens.

Au début du XVe siècle a été publié un livre qui fut en son temps un “best-seller”. L’œuvre fut écrite par Christine de Pisan et s’appelait Le Livre des trois vertus à l’enseignement des dames, également connu sous le titre Le Trésor de la cité des dames. Dans cette œuvre, la poétesse y décrit la dame idéale. Selon l’auteur, elle devait être intelligente et courageuse comme un homme, avoir des connaissances sur les affaires militaires pour pouvoir diriger ses gens et protéger son terrain en cas de siège ou d’invasion, si son époux s’était absenté du château pour participer à une guerre, une quête, une conquête ou une croisade. En plus, l’épouse du seigneur féodal devait s’y connaître en agriculture, savoir filer et tisser. En revanche, très peu de femmes savaient tricoter.

Parmi les femmes nobles, nombre d’entre elles étaient d’éminentes diplomates qui devaient négocier la réconciliation et la paix si leurs conjoints s’en étaient allés guerroyer contre d’autres seigneurs, ou si les vassaux étaient mécontents de leur suzerain. En plus de tout cela, les dames s’occupaient des finances domestiques, ce qui consistait à payer les serviteurs, à préparer les cadeaux à offrir de la part de leur époux, ou encore à aider les vavasseurs.

Christine de Pisan qui fait la leçon à un groupe d’hommes.

Les femmes de la noblesse avaient les mêmes distractions que les hommes. En effet, elles passaient beaucoup de temps à jouer aux échecs, ainsi qu’à d’autres jeux de table. À l’extérieur elles jouaient souvent au ballon, organisaient des pique-niques, pêchaient, traquaient le sanglier et le cerf, ou encore chassaient le lièvre à l’arc. En plus de tout cela, elles aimaient aussi beaucoup la fauconnerie.

Cet entichement pour la chasse signifiait que les dames possédaient des chiens et qu’il fallait savoir les mener, car n’était pas des petits spitz ou des petits lévriers italiens, mais d’impressionnants lévriers greyhounds, chien de Saint-Hubert ou mastiffs. Pour diriger ces races de chiens dans la forêt, il fallait savoir grailler dans une trompe de chasse, et c’était une forme d’art qui demandait certaines compétences : l’utilisation du cor permettait de donner des ordres spécifiques aux chiens.

L’éducation

À l’époque du Moyen Âge, les dames devaient être capable de lire et d’analyser des écrits en langue latine d’auteurs classiques tels que Ovide, Horace, Ésope, ou encore Virgile. Dans l’idéal, elles devaient aussi être capables de rédiger des commentaires sur leurs œuvres, de maîtriser l’art de la rhétorique et de la logique, et de composer des poèmes. Et tout cela était en supplément de la grammaire, qu’elles se devaient aussi de maîtriser parfaitement.

Le célèbre chanoine parisien Fulbert avait d’ailleurs recruté pour l’éducation de sa nièce, Héloïse, l’un des principales penseurs et philosophes de l’époque, Pierre Abélard. Et la princesse Marie, la fille du roi Henri VII d’Angleterre, accueillait elle-même les ambassadeurs français à l’âge de quatre ans et jouait du clavecin pour eux.

La maternité

Cependant, la mission la plus importante d’une dame était de procréer. Les femmes prononçaient des prières pour tomber enceinte et essayaient de définir le sexe du futur enfant selon certains signes. Si la future mère avait des boursouflures sous les yeux et qu’elle marchait vite, elle accoucherait d’une fille, et si au contraire, son allure était lente et qu’il y avait une absence de gonflements, cela signifiait qu’elle attendait un garçon. Si la femme marchait en s’appuyant sur ses talons, c’était aussi la confirmation de la venue d’un garçon, tandis que si c’était sur le bout des pieds, on pouvait s’attendre à une fille.

En Angleterre, le principal manuel pour les futures mères était un livre titré Leechbook de Bald qui contenait des conseils raisonnables pour les femmes enceintes. Par exemple, il était recommandé aux futures mères d’éviter la nourriture grasse et salée, les sucreries, et de monter à cheval. Cependant, le livre contenait aussi des propos assez bizarres et farfelus. Par exemple, il y est indiqué que plus l’accouchement est difficile, plus la femme y ressent du plaisir.

Après l’accouchement, les femmes devaient se reposer, car il était considéré qu’elles étaient " faibles, malades et sans force physique ". Les femmes ne réapparaissaient en public qu’après une cérémonie de purification qui avait lieu un mois après la naissance du bébé. Ce rituel était une réception en l’honneur de la jeune mère.

Beaucoup de médecins reconnus recommandaient aux femmes d’allaiter leur bébé. Cependant, certains auteurs croyaient qu’il était plus judicieux de confier le nouveau né à une nourrice durant les 14 premiers jours, car à l’époque, on pensait que le lait d’une femme qui venait d’enfanter contenait très peu de substances nutritives. Et pour que le lait ne se perde pas, il était donné à téter aux louves. Sur ce point cependant, des observations ultérieures ont montré que cela avait été exagéré et qu’il s’agissait plus vraisemblablement de chiots.

Dans la plupart des cas, les femmes de la noblesse n’allaitaient pas leurs bébés, non pas parce que cela leur était trop difficile ou par paresse, mais tout simplement pour pouvoir enfanter d’autres enfants le plus tôt possible.

Le culte de la jolie dame

Au Moyen Âge, le mariage par amour était très rare, surtout dans la haute société. En plus, les aristocrates cherchaient à réduire le nombre des mariages pour ne pas diviser les grands terrains entre les enfants. C’est pourquoi la plupart du temps, seul le fils aîné avait la possibilité de se marier, laissant les autres célibataires et sans terre.

Pour gagner leur vie, ces jeunes hommes célibataires étaient engagés au service de grands seigneurs féodaux, et pour compenser l’absence de sentiments profonds, ils se battaient pour l’attention de l’épouse du châtelain. Ils élevaient le statut de la dame en jolie damoiselle, ils lui obéissaient au doigt et à l’œil, ils écrivaient des ballades en son honneur et tournoyaient pour elle. Ce genre de relation s’appelait l’amour courtois. Ce type de lien a été largement décrit dans les romans chevaleresques du XI-XVe siècles.

Le contenu des romans et des balades consacrées aux dames de cœur était très sensuel, voire frivole, cependant les seigneurs féodaux fermaient les yeux sur les relations courtoises. Il s’agissait dans la plupart des cas d’un amour platonique, car l’adultère était strictement interdit et sévèrement réprimandé. Ce genre de relation permettait à la femme de ressentir des sentiments qu’elle ne pouvait pas recevoir au sein son mariage légitime, et à l’amoureux fougueux de faire une belle carrière grâce au soutien et aux faveurs de sa dame.

Les gens de la noblesse ont tellement été passionnés par le jeu de la séduction qu’ils ont commencé à établir des règles. Selon le traité d’André le Chapelain, l’amour courtois devait rester secret, ne devait pas comporter de violence, le mariage n’était pas une raison pour un refus, la jalousie était le véritable compagnon des sentiments authentiques, et un amoureux sincère devait être pâle, manger et dormir peu.

Il existait même des tribunaux de l’amour où les femmes de la noblesse faisaient comparaitre leur bien-aimé pour juger de son comportement, et savoir quelles mesures devaient être prises. Par exemple, lors d’une d’audition, un tribunal a considéré qu’une dame avait eu tort de refuser qu’un chevalier la courtise sous prétexte qu’elle était mariée et qu’elle aimait son mari. Selon Marie de Champagne qui a rendu la sentence, il ne pouvait pas exister d’amour dans le mariage.

Avec le temps, la relation courtoise a arrêté d’être un simple jeu et est devenue une norme pour les fiancées et leurs futurs époux. En plus cela s’est répandu petit à petit aux différentes couches sociales, ce qui a défini le modèle de séduction et de comportement relationnel et sentimental entre un homme et une femme dans l’Europe occidentale qui perdure aujourd’hui encore.

Et toi, aurais-tu voulu être une jolie dame de l’époque médiévale, courtisée par un beau et preux chevalier ? Raconte-nous tout cela dans les commentaires.

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