L’histoire d’une jeune femme qui a dû travailler comme plongeuse, mais qui a fini par être la muse de Christian Dior

Les traits asiatiques ont toujours été appréciés dans le milieu de la mode, mais ils n’ont jamais été aussi populaires que dans les années 50 du XXe siècle : les pommettes hautes, les yeux de chat surlignés d’une touche d’eye-liner faisaient perdre la tête aux hommes comme aux femmes. C’est le mannequin Alla Ilchun, aux traits atypiques, mi-slaves mi-asiatiques, qui a introduit cette tendance majeure de l’époque. Christian Dior la considérait comme son mannequin fétiche et sa muse. Alla a tiré à son tour le billet gagnant en acceptant de représenter la célèbre maison de haute couture.

Chez Sympa, nous avons décidé de compiler pour nos lecteurs tous les faits connus sur Alla Ilchun, la femme mystérieuse au destin insolite qui a pu devenir égérie de la marque Dior.

Alla Ilchun a dû travailler comme plongeuse et n’espérait pas devenir plus qu’une serveuse ou une cuisinière. Tout a changé quand elle a passé par hasard un casting dans la maison Dior. Elle a pu devenir un mannequin haute couture et la muse de Christian Dior. Son histoire d’origine est restée secrète de son vivant. On a découvert tous les détails de sa biographie tout récemment. Les contemporains d’Alla pensaient que la jeune fille aux traits asiatiques était originaire de Chine.

Alla est venue avec sa mère en France de la ville de Harbin située en Chine. Les femmes avaient décidé de quitter le pays après la Révolution d’Octobre. Elles étaient citoyennes chinoises. Mais il faut noter que la mère d’Alla était russe venant d’une lignée de nobles ruinés, et son père était le fils du propriétaire terrien kazakh. Elle était donc mi-russe, mi-kazakh. Personne en Europe n’en savait rien. Alla a révélé elle-même les détails de son origine deux ans avant sa mort.

Au début, la capitale française n’a pas été très accueillante pour deux migrantes. Elles avaient du mal à trouver un emploi. La mère, qui avait fait de la musique en Russie, a dû chanter dans des cabarets. La fille est allée travailler comme plongeuse dans un restaurant. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Alla Ilchun s’est engagée dans la Résistance française : elle était infirmière et femme des transmissions.

Alla Ilchun s’est retrouvée dans la maison Dior par hasard. Voilà ce qu’elle dit à propos de ce moment charnière.

“Une de mes amies françaises allait postuler pour un poste de doublure chez Christian Dior. J’y suis allée avec elle pour lui tenir compagnie. En l’attendant dans le hall, j’ai remarqué que des gens dans des cabines d’essayage ouvraient constamment les rideaux et m’observaient avec beaucoup d’intérêt. Comme j’étais mal à l’aise sous le regard d’inconnus et que j’en avais marre d’attendre, j’ai décidé d’aller chercher mon amie. À ce moment, une femme est venue me parler dans le hall et elle m’a dit que Christian Dior voulait vraiment me voir. J’ai accepté à contrecœur de l’accompagner, et je l’ai suivie à l’étage. On m’a emmenée dans une cabine. On m’a vite enlevé ma robe, on m’a coiffée en relevant tous mes cheveux vers l’arrière, on m’a mis du rouge à lèvres rouge, ainsi qu’une nouvelle robe et des chaussures à talon aiguille trop inconfortables. Après ça, on est redescendus et on est entrés dans une pièce où il y avait un groupe de peintres en blouse blanche. Je me suis demandée pourquoi on m’avait habillée comme une poupée pour me faire défiler devant ces peintres. On est sortis trop rapidement, je n’ai même pas pu voir Dior. Puis, la femme m’a dit en souriant : — Mademoiselle, vous êtes engagée ! — Mais on m’a déjà proposé d’être artiste au cabaret du Lido. Et je n’ai pas vu Dior. La femme a éclaté de rire : — Il était parmi les peintres dans la pièce. C’est lui qui tenait un pointeur dans sa main”.

Christian Dior a aimé Alla Ilchun à la seconde où il l’a vue pour la première fois. La taille incroyablement mince (47 cm), la silhouette parfaite et le visage exotique de type oriental, cette combinaison a immédiatement charmé le célèbre couturier. Il a été le premier créateur de mode à engager un mannequin à l’apparence asiatique. Plus tard, Hubert de Givenchy et Cristóbal Balenciaga ont suivi son exemple. C’était la première fois dans l’histoire de la haute couture qu’une femme au visage non européen faisait carrière sur les podiums. Dior a avoué un jour que c’était un risque d’inviter un mannequin asiatique à présenter des vêtements pour les Européennes. Heureusement, le risque en valait la peine.

Alla Ilchun faisait partie des muses du créateur. Elle incarnait parfaitement la femme Dior et le New Look. La grâce, la féminité accentuée et la jolie silhouette qu’elle avait, étaient comme une bouffée d’air frais pour les gens en période d’après-guerre qui ne voulaient plus voir l’uniforme militaire et les vêtements à coupe trop simple. Les pièces présentées par Alla sur des podiums, devenaient toujours une tendance mode, toutes les modeuses voulaient en avoir une. La princesse du Royaume-Uni Margaret et l’actrice Elizabeth Taylor ne rataient presque jamais les défilés de mode avec la participation d’Alla pour s’acheter ensuite la même tenue qu’elle y portait.

Alla Ilchun n’a pas fait qu’inspirer le couturier français mondialement connu, elle est devenue une vraie icône de beauté de son époque. Dans les années 50, beaucoup de mannequins et de fashionistas imitaient Alla en se faisant des traits d’eye-liner ou même en recourant à la chirurgie esthétique pour avoir les yeux de chats. On notait dans les médias sa façon unique de défiler sur le podium d’un air impassible et distant, ainsi que sa capacité à aimanter tous les regards des spectateurs.

Alla Ilchun a travaillé pendant plus de deux décennies pour la maison Dior sous la direction de Christian Dior lui-même, de son successeur Yves Saint Laurent et de Marc Bohan. Elle a été mariée deux fois : au photographe de la maison Dior Mike de Dulmen et au danseur d’origine russe Igor Mukhin.

L’histoire de la vie d’Alla Ilchun aurait été condamnée à l’oubli avec sa mort en 1989, si l’économiste et le diplomate kazakh Berlin Irishev n’était pas tombé à Paris sur le tableau de Léon Zeytline représentant Alla. Monsieur Irishev s’est passionné pour le sort du mannequin dont beaucoup de nos contemporains n’ont même pas entendu parler. Il a passé beaucoup de temps à rechercher les informations sur Alla en s’adressant aux archives françaises. En 2019, il a sorti un livre “La muse de Dior. L’histoire d’Alla Ilchun”. Au début de l’année 2020, il a fait un documentaire brilliant Alla — Une Perle d’Orient chez Dior qui racontait en détail l’histoire de sa compatriote.

As-tu déjà entendu parler d’Alla Ilchun ? As-tu senti son charisme en regardant ses photos ? N’hésite pas à partager tes réponses dans les commentaires.

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