Sympa
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Voici une histoire sur ce qui se passe lorsque les parents ne respectent pas les limites personnelles de leur enfant

On dit que dans une famille forte, il n’y a pas de secrets. Les enfants partagent librement avec leurs parents ce qui s’est passé à l’école, et les conjoints échangent des nouvelles du travail. La devise de ces familles est : “Ma porte est toujours ouverte pour toi”. Malheureusement, cette ouverture d’esprit a le revers de la médaille.

Bonjour, je m’appelle Emma. Mes parents me demandaient de leur dire absolument tout, et le concept de limites personnelles n’existait pas pour eux. Maintenant, en tant qu’adulte, je trouve qu’il est difficile pour moi d’exprimer ouvertement mes problèmes, si bien que les rancœurs s’accumulent et que de gros scandales se produisent parfois. J’ai une faible estime de moi et j’ai tout le temps besoin de contrôle et d’approbation. Aujourd’hui, j’essaie de m’en sortir, c’est pourquoi je souhaite partager mon histoire avec les lecteurs de Sympa.

Les psychologues disent qu’il ne faut pas forcer les enfants à partager leurs affaires s’ils n’en ont pas envie. Quand j’étais petite, j’aimais jouer à des jeux de guerre et mon père a fait une épée en bois de taille réelle au travail. Un jour, les amis de mes parents sont venus nous rendre visite avec leur fils de cinq ans. Bien sûr, il était très heureux de jouer avec cette épée. Quand les invités étaient sur le point de partir, le petit garçon n’a pas voulu lâcher mon épée. Dans le couloir, ma mère m’a demandé si je voulais offrir un cadeau à cet enfant, puisque j’étais déjà grande. Quatre paires d’yeux d’adultes et deux yeux d’enfant insolents me fixaient et je n’ai eu d’autre choix que d’accepter. J’ai fait le deuil de mon épée pendant plusieurs semaines.

De nos jours, tout le monde parle également de l’espace personnel des enfants. Il faut demander la permission avant d’embrasser, ne pas entrer dans sa chambre sans frapper, ce genre de choses. J’ai grandi dans un appartement de deux pièces, et bien que j’aie ma propre chambre, je n’avais aucune intimité.

Non, mes parents ne me soupçonnaient de rien de mal, ils voulaient juste qu’on soit ensemble tout le temps. J’entendais tout le temps “Ne ferme pas la porte de ta chambre”. Par conséquent, j’ai souvent été empêchée de faire des choses. Par exemple, si je voulais lire un livre, je ne pouvais pas le faire parce que mes parents regardaient un film d’action très bruyant dans la pièce voisine et cela me gênait.

Je travaillais bien à l’école. Contrairement aux parents de mes camarades de classe, ma mère ne vérifiait jamais mon livret scolaire, et elle allait rarement aux réunions. Puis un jour, j’ai découvert que, sans rien me dire, ma mère était allée à l’école et avait demandé aux professeurs de lui donner mes notes dans toutes les matières.

Je me suis sentie blessée et mal à l’aise : malgré ma réputation quasi-parfaite, mes parents ne me faisaient pas confiance. Lorsque j’ai demandé à maman pourquoi elle ne m’avait pas demandé de lui annoncer mes notes, elle a haussé les épaules. Elle avait décidé de l’apprendre à sa manière.

Comme toutes les adolescentes, à un moment donné, je me suis intéressée aux garçons. Ma mère a remarqué mon comportement étrange : j’ai commencé à m’habiller beaucoup plus soigneusement pour l’école et à mettre plus de temps pour rentrer à la maison parce que j’essayais de trouver le bon moment pour quitter le bâtiment avec “lui”.

Après un interrogatoire détaillé, j’ai dit à ma mère qui j’aimais. Elle semblait avoir approuvé mon choix ; elle m’a même donné quelques conseils. Le lendemain, une camarade de classe est venue me demander si c’était vrai que j’aimais Lucas. Il s’est avéré que ma mère en avait discuté avec une amie, qui était la mère de cette copine.

J’étais offensée, je me suis plainte à ma mère, et elle a rigolé en me disant de ne pas m’inquiéter de mes amourettes d’enfance. C’était la première et la dernière fois que j’ai parlé à mes parents de mes relations.

Un jour, alors que j’avais environ 15 ans, je suis entrée dans ma chambre et ma mère lisait mon journal intime. J’ai, bien sûr, fait un scandale et j’ai même quitté la maison pendant deux heures. Plus tard, je me suis calmée et ma mère et moi avons discuté de ce qui s’était passé. Elle m’a expliqué qu’elle s’inquiétait pour moi, que j’avais peut-être de mauvaises fréquentations, parce que je m’absentais plus souvent de la maison. J’ai accepté son explication à l’époque, et après toutes ces années, je pense que lire la correspondance ou le journal intime d’un enfant est un mauvais moyen de gagner sa confiance.

Maintenant, je réagis violemment quand quelqu’un touche à mon téléphone. Même si je n’ai rien à cacher, je préfère le garder près de moi à tout moment, et si mon mari le prend, je contrôle ce qu’il y fait.

J’avais l’habitude d’aller chez le médecin avec ma mère, et ce jusqu’à l’âge de 17 ans. Nous allions ensemble dans le cabinet, et maman décrivait où et comment j’avais mal. Quand j’essayais de prendre la parole, elle me faisait taire avec colère. Le cirque ne s’est arrêté que lorsque le médecin m’a un jour demandé si j’étais muette. Finalement, je me suis rebellée. Ma mère a été surprise, car elle pensait que j’avais peur d’aller chez le docteur toute seule. Je réalise maintenant que ce comportement est plus une forme d’attention excessive que de soins normaux.

Les recherches suggèrent que des soins maternels excessifs pendant l’enfance entraînent des changements structurels dans le cerveau, en particulier dans l’amygdale, qui est impliquée dans la création et la régulation des réponses humaines aux menaces interpersonnelles. Je comprends mieux pourquoi j’ai l’impression que tout le monde autour de moi essaie de me faire du mal en permanence.

Il y a aussi eu une fois une histoire curieuse à propos de mes vêtements. En fait, les habits sont un moyen d’expression de soi. Les pédiatres recommandent de permettre à un enfant de choisir ses propres vêtements à partir de l’âge de quatre ou cinq ans. J’ai commencé à avoir le droit de décider de mes tenues à plus de 20 ans.

En me promenant dans le centre commercial après la fac, j’allais souvent faire les magasins. Je prenais toujours une photo de chaque article que j’aimais et je l’envoyais à ma mère, à mes copines ou à mon petit ami. Suivant leurs avis, je prenais ou reposais les vêtements.

La séparation d’avec mes parents s’est faite lentement. J’en sais davantage maintenant, et si j’en avais eu l’occasion, j’aurais agi différemment. Même lorsque je me suis éloignée de mes parents, ils ont continué à contrôler ma vie.

Voici un exemple. Je cherchais une robe pour le mariage de mon amie, et ma mère m’a demandé d’aller faire mon shopping avec elle. J’étais dans la cabine d’essayage en sous-vêtements, et elle a ouvert le rideau. Je lui ai dit : “Mais qu’est-ce que tu fais ?”. Et elle m’a répondu avec condescendance : “Oh, j’ai bien le droit de te regarder, je suis ta mère !”.

Il y a eu un million de cas comme ça. L’autre jour, on m’a coupé l’eau et je suis allée chez mes parents pour prendre une douche. Je pensais avoir verrouillé la porte de la salle de bains. Soudain, le rideau s’est ouvert, ma mère m’a regardée avec des yeux ronds et s’est écriée : “Emma, tu t’es fait un tatouage ?”. Je me suis fait tatouer il y a plus d’un an, et ce n’est pas comme si j’avais 10 ans ou même 20 ans.

Mon enfance et mon adolescence sont derrière moi maintenant. Ma relation avec ma mère est relativement meilleure, mais la “politique de la porte ouverte” a laissé une trace indélébile sur moi. En plus des problèmes de confiance, il y en a d’autres. Lorsque mon conjoint a besoin de son espace personnel, je me sens mal à l’aise et abandonnée. Je ne veux pas être une partenaire dépendante, et j’apprends à apprécier le temps que je peux passer seule avec moi-même et à ne pas avoir peur de cela. J’essaie de remonter mon estime de moi et de construire mes propres limites. J’espère que je réussirai, car mieux vaut tard que jamais.

L’histoire d’Emma a beaucoup à apprendre aux parents et aux enfants. Alors, quelle était l’attitude à l’égard des limites personnelles dans ta famille ? Est-ce que tu te reconnais dans ce récit ? N’hésite pas à partager ton expérience avec nous dans les commentaires !

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