Sympa
NouveauPopulaire
Inspiration
Création
Admiration

Comment j’ai compris que mon amie me considérait comme une “roue de secours” et pourquoi je ne laisserai plus personne pleurer sur mon épaule

213-
453

Les psychologues d’aujourd‘hui partagent généreusement leurs connaissances sur ce à quoi devrait ressembler une relation amoureuse saine et pourquoi on devrait éviter les personnes manipulatrices et narcissiques. Mais peu de spécialistes nous font savoir que l’amitié peut, elle aussi, être toxique et destructrice, et rompre avec un ami intime est tout aussi douloureux que quitter sa moitié.

Je m’appelle Hélène, et j’ai décidé de partager avec Sympa mon histoire d’une amitié épuisante qui, heureusement, appartient au passé. J’espère que mon expérience t’aidera à comprendre si à tes côtés se trouve un véritable ami ou une personne dont tu devrais te débarrasser au plus vite.

L’horloge affichait cinq heures et demie du soir et c’était le jour de mon anniversaire. Je n’avais ni la force ni l’envie de fêter, car premièrement, j’étais très enrhumée et, deuxièmement, j’avais accumulé plein de choses importantes à faire : finir mon rapport trimestriel pour le boulot, rédiger des documents " dûs pour la veille ", préparer le repas pour le lendemain et réfléchir à comment réussir à avoir du temps pour soi lorsqu’on fait des heures supplémentaires. J’étais justement en train de ressasser ce dernier point dans ma tête, quand j’ai entendu mon portable sonner. L’écran affichait “Laeticia”. J’ai décroché, sans me douter de l’issue de cet appel.

Il fut un temps, Laeticia était ma meilleure amie. Nous étions voisines et nous avons fait notre scolarité ensemble. On se confiait nos premières expériences de la vie d’adolescentes. Puis la vie nous a séparées pendant une dizaine d’années, et nous nous sommes retrouvées à nouveau dans une grande ville. Nous avions beaucoup changé depuis ce temps. Mais la nostalgie du passé commun avait créé des liens invisibles entre nous.

“Joyeux anniversaire, ma belle ! — ai-je entendu à l’autre bout du fil. “Je passerai te voir après le travail, d’accord ?” Je n’avais pas le temps de recevoir des invités. J’avais mal au crâne, mon nez était bouché et une pile de paperasse était entassée sur mon bureau en attendant que je m’en occupe de toute urgence. À mes arguments béton, mon amie m’a répondu de manière catégorique : “Ne t’inquiète pas, c’est juste pour cinq minutes, te souhaiter ton anniversaire de vive voix. C’est ta fête, je ne vais pas te laisser toute seule, non ? ” “Pas faux !”, ai-je pensé, en acceptant. “Elle ne restera quand même pas pendant des heures avec moi, enrhumée.”

Un quart d’heure plus tard, nous étions assises dans la cuisine et j’écoutais sans dire un mot les effusions intimes de mon amie. La partie formelle avec félicitations s’est terminée rapidement, avant même que Laeticia ait eu le temps de franchir le seuil de la porte. Mon appartement s’est instantanément rempli de conversations pas du tout réjouissantes : elle me parlait de sa belle-mère qui l’embêtait, de son mari minable, de son travail sans avenir et de son patron qui la harcelait. Il semblait que toutes les injustices de ce monde se confondaient pour détruire de manière barbare la vie d’une pauvre personne innocente.

Une heure passa. Puis deux et trois. Mon amie ne pouvait pas s’arrêter de parler. Soudain, j’ai réalisé que je me sentais salie. Comme si on avait renversé sur moi un seau de poisse. Il m’était déjà arrivé de ressentir ce genre de choses auparavant : le bavardage insouciant à première vue se transformait en un sentiment d’impuissance totale et d’échec. J’ai enfin percuté : elle avait juste besoin d’une épaule sur laquelle pleurer.

Laeticia ne s’est jamais intéressée à ma vie ni à mes chagrins. Elle se moquait de savoir si j’avais le temps ou non, comment je me sentais. Elle n’apparaissait que lorsque cela lui convenait. Après tout, elle avait toujours de " vrais problèmes “, elle était ” vraiment " à bout de nerfs et sa situation était " vraiment " invivable. ( Moi, avec mes petits ennuis quotidiens, je n’étais pas à plaindre.) C’est pourquoi, elle avait le droit de m’appeler et de me déranger à toute heure du jour ou de la nuit, de débarquer chez moi quand bon lui semblait et de me raconter sa vie malheureuse pendant des heures. Sans se demander si cela me convenait ou pas. Comme ce soir-là, quand, épuisée et les yeux rivés sur l’horloge, je n’arrêtais pas de me moucher et de temps en temps, je laissais entendre que je devais me lever tôt le lendemain. En fait, Laeticia ne m’écoutait plus. Elle ne voulait tout simplement pas m’entendre.

Pour mon anniversaire, elle m’a offert comme cadeau un tapis de chevet d’occasion. En le dépliant, j’ai aperçu un trou qui provenait probablement d’une brûlure. À ma question sur ce que cela signifiait, elle a répondu sans l’ombre d’un embarras : “Nous avons décidé de changer un peu la déco chez nous, et ce tapis ne nous convient plus. Mais il peut encore servir. Et le petit trou n’est pas très visible, tu pourras le camoufler avec un truc.” Il était pour moi hors de question d’inclure ce cadeau dans mon intérieur.

Je ne me souvenais plus de la dernière fois que j’avais parlé de moi avec Laeticia. Toutes nos conversations se résumaient en quelque sorte à une discussion sur sa vie, qui, en termes d’intensité des passions, ressemblait à une série télévisée mexicaine. La belle-mère insidieuse dresse ses proches contre elle, le mari radin refuse d’acheter le dernier modèle de l’iPhone, le patron la tourmente avec des missions stupides. Je compatissais, profondément et sincèrement, jusqu’à ce qu’elle me dise : “J’échangerais volontiers ma vie contre la tienne ! Tu es seule : pas de mari, pas de belle-mère. Tu vis ta vie, sans soucis. ” Cette phrase m’a fait ressentir un frisson désagréable.

J’ai réalisé que je n’avais partagé avec elle aucun événement de ma vie depuis longtemps : ni heureux, ni triste. Au fait, elle ne me posait jamais de questions. Une fois, j’avais essayé de lui parler de mes problèmes : ma famille était dans une situation difficile et j’avais besoin de soutien amical. Mais j’ai été interrompue au milieu de la phrase : “Allez, ne parlons pas de choses qui donnent le cafard. Moi, par exemple, j’ai ... ” etc. Mes bonnes nouvelles ne passaient pas non plus. J’ai réussi à décrocher un poste dans une grande entreprise : “Oh, tu sais, ils embauchent tout le monde et n’importe qui.” J’ai fait connaissance avec un garçon charmant : “Ce n’est pas un monstre, bien sûr, mais son nez me fait penser au bec d’aigle”. J’ai acheté une nouvelle robe : “Combien l’as-tu payée ? Oh, j’ai commandé la même sur un site pour deux fois moins cher.” Et la cerise sur le gâteau : “Ne te vexe pas. Je suis la seule personne au monde qui te dira la vérité.”

Un jour, je me promenais avec Laeticia, lorsque j’ai entendu quelqu’un m’appeler. Je me suis retournée et j’ai aperçu un ancien camarade de classe, que j’avais perdu de vue depuis sept ans. Il m’a demandé ce que je devenais, et Laeticia s’est mise à lui raconter n’importe quoi, comme quoi je travaillais comme caissière dans un supermarché et que j’avais du mal à joindre les deux bouts. Je me suis empressée de l’interrompre en disant à mon copain qu’en vérité, j’occupais un poste de contrôleur de gestion dans une entreprise réputée depuis plusieurs années. Mais le gars était clairement embarrassé et ne savait plus qui de nous deux il devait croire. Quand, plus tard, j’ai voulu savoir pourquoi elle avait inventé et raconté cela à une personne qu’elle ne connaissait même pas, Laeticia m’a répondu qu’elle avait juste voulu plaisanter, et que c’était tant pis pour moi si je n’avais pas de sens de l’humour. “Et aussi tant pis pour moi, si j’ai une amie comme toi”, — ai-je ajouté dans ma tête.

J’avais toujours le sentiment que, dans cette relation, je donnais plus que ce que je recevais. Mais j’ai toujours cherché à l’inhiber : quand on est amis, on ne compte pas. “Tu peux m’aider avec la traduction, tu es forte en anglais, non ?”, “Tu me donneras un coup de main pour le rapport ? Tu te connais dans les finances.”, “J’ai besoin d’un conseil comment faire avec mon mari. À part toi, je n’ai personne à qui me confier. ” Bien sûr, j’allais aider, assister, conseiller, car nous sommes amies. Et c’est à cela que servent les vrais amis. Il y avait pourtant quelque chose qui clochait : les rares refus de ma part (ils se produisaient parfois) suscitaient chez Laeticia un accès d’agressivité : “Te rends-tu compte, que je comptais sur toi ?”, “Moi, qui pensais que nous étions amies ...”, “Je n’ai personne, à part toi.”

L’énergie dépensée pour le soutien émotionnel est impossible à compter, car elle est intangible. Ce soutien ne peut pas être goûté, touché, mesuré avec un ruban ou pesé sur une balance. Mais il est très facile à dévaloriser : ce n’est rien, tu écoutes juste, tu hoches la tête en marmonnant quelque chose en guise de réponse, tu donnes un coup de main quelques fois. Cela ne compte même pas. C’est étrange de facturer ta sympathie à ton amie. Mais parfois, il est nécessaire de le faire, pour savoir à temps, si tu es devenue juste une épaule, sur laquelle on vient pleurer pour évacuer tout ce que l’on n’a pas envie de porter sur le cœur.

Après avoir cassé du sucre sur le dos de son mari bien-aimé et de sa belle-mère, mon amie s’est finalement décidée à rentrer chez elle. Son sac était vide, et elle n’avait plus rien à faire chez moi. Elle m’a demandé de lui emballer un morceau de gâteau et m’a avertie qu’elle m’appellerait le lendemain. Je hochais la tête docilement, et tout à coup, de façon inattendue et spontanée, j’ai répondu : “Ce n’est pas la peine d’appeler, je ne décrocherai pas. Je ne veux plus être ton ” éponge “.” Laeticia m’a jeté un regard arrogant et s’en est allée. J’ai refermé la porte, pris une douche et tiré la conclusion que parfois, se débarrasser de l’illusion d’une amitié peut être le meilleur cadeau d’anniversaire.

Peut-être as-tu déjà vécu une déception causée par un(e) ami(e) ? Existe-t-il dans ta vie une personne dévouée avec qui la relation a passé tous les crash-tests ? N’hésite pas à partager ton expérience avec nous dans les commentaires.

213-
453
Partager cet article