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Un photographe de mariage a partagé des histoires survenues au cours de sa carrière. Certaines d’entre elles peuvent faire office de scénarios pour des comédies.

L’internet est plein d’images de jeunes mariés heureux, pris en photo dans une nature pittoresque, et avec des familles unies dans de beaux décors, mais peu de gens savent ce qui se cache derrière ces photos parfaites. Et c’est seulement en se retrouvant de l’autre côté du décor, qu’il est possible de comprendre ce que vaut un tel plaisir.

Chez Sympa, nous nous sommes intéressés à ce qui se passe derrière les coulisses d’un métier aussi difficile que celui de photographe de mariage. Aujourd’hui, nous allons te dévoiler certains aspects du mystère, en partageant des histoires vraies qui sont arrivées à Alexandre Fayruzov : l’homme derrière la caméra.

Des clients qui en profitent au maximum

Un couple m’a “commandé” pour leur mariage : il était tout de suite évident que tout le processus d’organisation du mariage était géré par la jeune fille. Lors de notre réunion, le jeune homme hochait silencieusement la tête, et sa future femme m’a dit qu’elle avait libéré presque toute sa journée pour la séance photo : avant d’aller à la mairie, nous aurons donc 6 heures de promenade (durant laquelle doit avoir lieu la séance photo). Je lui ai dit que c’était beaucoup trop, que 3 heures seraient amplement suffisantes, mais toute tentative de réduire le temps était interrompue par sa phrase : “Je veux beaucoup de photos”. Il n’y avait pas de caméraman de prévu pour le mariage, et la mariée m’a donc dit qu’elle attendait de moi au moins 2 000 photos.

Le jour du mariage, on se rend aux endroits désignés. Après trois heures de travail, tout le monde commence à être épuisé, et le marié propose d’arrêter la séance photo, afin de prendre une collation dans un café. Bien que tout le monde soit d’accord avec lui, la mariée est contre. Nous continuons. Une autre heure passe : le marié ne pose plus et ne veut plus rentrer dans le cadre. De plus, dehors, il fait assez chaud : 29 °C. Quand le jeune homme a accepté de poser à nouveau mais à contrecœur, la mariée est devenue hystérique : “Pourquoi es-tu si paresseux ? C’est pour qui que j’ai tout organisé ? Tu ne veux pas de belles photos ? Pourquoi avons-nous payé le photographe si cher si tu t’en fiches ?” Ces mots ont de suite un peu ravivé le marié.

Dans l’avant-dernier emplacement, l’homme a dit qu’il ne voulait plus faire de photos. La jeune femme est devenue de nouveau hystérique, et a répété le même monologue qu’avant. Cependant, cela ne fonctionnait plus, et un court dialogue a ensuite eu lieu entre eux :

La mariée : “Tu ne veux pas prendre de photos ?”

Le marié : “Non”.

La mariée : “Tu es sûr ?”

Le marié : “Oui, je suis fatigué”.

La mariée : “Peut-être qu’on ne devrait pas aller à la mairie non-plus, si tu es si fatigué ?!”

Le marié : “N’y allons pas”.

Le marié s’est retourné et est parti. La copine de la mariée et l’ami du marié étaient avec nous, et ce dernier est tout de suite allé rattraper le futur époux. Malheureusement, nous n’avons plus revu ces deux jeunes hommes. Au début, la mariée marmonnait que son fiancé se rendrait à la mairie à pied, mais il n’est pas venu à l’enregistrement. Au repas non plus. Toutes les tentatives de le joindre, lui ou son ami, n’ont donné aucun résultat. On a expliqué aux invités que le marié se sentait mal, mais tout le monde comprenait bien qu’il avait juste abandonné le mariage. Ils n’ont pas annulé le banquet. Au début, cela ressemblait plus à une veillée funèbre, mais le professionnalisme de l’animateur et l’alcool ont fini par créer une humeur festive. Les fiancés ne sont jamais devenus mari et femme. La jeune fille a essayé de récupérer l’argent, mais je lui ai envoyé les 2 000 photos promises.

Des demandes inhabituelles

Je préviens tout de suite : il est difficile de me faire de la peine, mais c’est possible. C’est ce qui s’est passé lors d’un rendez-vous avec des clients potentiels. Je perçois mon apparence adéquatement, j’admet moi-même être gros, et je plaisante souvent à ce sujet. Comme tu le sais, les gros ont le droit de faire des blagues sur les gros. Nous sommes comme des Afro-Américains tolérants, seulement de gros tolérants. Tu as certainement déjà compris que le thème de cette histoire est mon tour de taille, qui ressemble plus à un chêne géant qu’à une brindille.

Tout a commencé par un appel tout à fait normal : “J’aime vos photos, nous voulons commander une séance photo pour notre mariage, les prix nous conviennent, quand pouvons-nous vous rencontrer”. Deux jours plus tard nous étions déjà assis dans un café, je parlais de la future séance photo et, en fin de compte, je leur ai proposé de poser des questions. La jeune fille a hésité un certain temps, puis elle a dit : " Tout me convient, mais j’ai une demande. Pourriez-vous perdre du poids pour notre mariage ?“ Là, je me suis retourné vers son fiancé qui se cachait les yeux de honte, et j’ai essayé de plaisanter en disant que la jeune fille était apparemment un entraîneur de fitness et que nous pourrions travailler par barter. L’expression de la cliente ne changea pas, et elle poursuivit : “Nous aurons des personnes minces à notre mariage, et je ne voudrais pas y voir quelqu’un de gros”. Là, j’emballe mes affaires, je les encourage à trouver un photographe mince et je pars.

Quelque minutes plus tard, j’ai reçu un appel du fiancé qui m’a demandé de revenir, en disant qu’ils trouvaient le prix et la qualité des photos satisfaisants, puis il s’est excusé pour cette situation. Genre, votre poids nous convient parfaitement. J’ai répondu que cela ne me dérangeait pas de prendre des photos de son mariage, mais que j’avais une seule requête : il devait changer de mariée. J’ai posé le téléphone et les ai mis tous les deux dans la liste noire.

Des clients inhabituels

On m’a commandé une séance photo familiale, mais les héros de notre histoire vivent dans un village, et on m’a averti que ce serait la première fois qu’ils seront photographiés. Il s’agissait d’une mère et de son fils. J’ai essayé de donner quelques conseils, mais ils m’ont assuré que cela n’aiderait pas. Le montant convenu a été viré sur mon compte, et le jour J, je me suis rendu à l’endroit indiqué. Le village ne se trouvait pas très loin, à environ 40 km, et à l’entrée j’ai trouvé quelques endroits intéressants pour la séance.

Quand je suis arrivé, un homme m’a rencontré et m’a dit que la famille nous attend dans le pré. Sans problèmes ! Nous nous sommes assis dans sa voiture et nous nous y sommes dirigés. Une fois sur place, je n’y ai vu qu’un troupeau de vaches. J’ai demandé où est la famille en question, après quoi on m’a conduit à l’une des vaches qui était avec son veau. Voilà, m’ont-ils dit, la mère et le fils. J’en ai perdu ma voix pour quelques instants, puis je leur ai demandé pourquoi avaient-ils donc besoin d’un photographe : il est possible d’utiliser un simple appareil photo ou un téléphone. Les hommes m’ont répondu que les photos étaient nécessaires pour leur campagne publicitaire, mais les photographes refusaient de travailler avec des vaches ou exigeaient beaucoup trop d’argent après avoir entendu le mot “publicité”. Ils ont une petite exploitation agricole, ont reçu des prêts pour sa création, et ils n’ont tout simplement pas d’argent supplémentaire. Par conséquent, ils ont décidé d’utiliser une telle ruse.

Je n’ai pas refusé de travailler, j’ai fait les photos demandées, après quoi ils m’ont donné plein de nourriture différente. Les agriculteurs ont aimé le résultat du travail, et, après cette première rencontre, j’ai même travaillé avec eux plusieurs autres fois. Depuis, par contre, je précise toujours s’il faudra travailler avec des humains ou non. À chaque fois, après cette question, mes clients “buggaient”.

Un photographe professionnel gratuit

Un beau jour de printemps, une jeune femme m’a appelé pour me dire qu’elle a eu mon numéro d’un membre de ma famille, et qu’elle avait besoin de moi pour faire des photos lors de son mariage. Je suis toujours heureux quand on me ramène des clients, j’ai donc demandé la date (elle s’est avérée libre) et j’ai annoncé le prix avec une petite, mais agréable remise. La jeune fille est devenue confuse et m’a répondu : “Vous ne m’avez pas entendu ? C’est votre tante bien-aimée qui m’a envoyée, de quel argent parlez-vous ?” Là, c’est moi qui n’ai pas vraiment compris ce qui se passait, et j’ai demandé ce que mon parent avait promis exactement. Il s’est avéré qu’une séance photo entièrement gratuite avait été promise, parce que “je suis un bon garçon et que je courrais chez ma tante pour y manger des crêpes quand j’étais petit”.

La fille a eu du mal à accepter mon refus. Une heure plus tard, ma mère m’appella et, en riant dans le combiné, me dit que ma tante l’a contactée en lui demandant durement : “Ton Alex prend des photos pour de l’argent ? Comment peut-il faire ça ? Il a contrarié la fille de l’amie de ma collègue”. Ma mère lui a répondu un cours “Mon fils n’est pas altruiste”. Depuis lors, ma mère et moi sommes considérés comme étant des ingrats, et il n’est pas recommandé de nous demander de l’aide.

Les subtilités d’une relation avec l’officier d’état civil de mariage

Un jour, alors que je filmais la cérémonie du mariage civil, j’ai accidentellement trébuché sur un rideau, qui, non seulement recouvraient toutes les fenêtres, mais qui s’étendaient aussi sur le sol. Il était interdit de l’arranger, ou même de tout simplement le toucher. Si quelqu’un marchait dessus, la cérémonie était interrompue et le délinquant recevait une réprimande. Je n’ai pas été particulièrement chanceux : alors que j’allais à reculons pendant le tournage, j’ai marché sur le rideau et un œillet est tombé de la tringle. Le greffier du registre des mariages m’a lancé : “Il faut faire plus attention”. Je me suis excusé, et après avoir fini le travail, je me suis approché d’elle, et j’ai dit que je reviendrais mardi pour remettre l’œillet à sa place. C’est juste qu’après le samedi (le jour où cette histoire a eu lieu), le bureau de l’état civil n’ouvrait que mardi. J’ai tout fait comme promis.

Un mois plus tard, j’ai eu un autre mariage dans le même bureau de l’état civil. Nous sommes entrés dans la salle, et la même dame nous a rencontrés. Quand elle m’a vu, elle a dit : "Le photographe doit quitter la pièce parce qu’il a de mauvais antécédents, sinon la cérémonie n’aura pas lieu. J’ai expliqué la situation, mais rien n’a aidé. L’officier était catégorique.

Les invités et le couple ont entendu ma version de l’histoire et étaient complètement de mon côté. Ce n’est que lorsque le directeur du Bureau de l’enregistrement des mariages est intervenu que la cérémonie a pu se poursuivre. Derrière la porte, on entendait les gens parler. Le greffier a dit : “On devrait lui interdire d’être ici.” Et le patron a répondu : “Vous réalisez qu’on enfreint la loi ?” Évidement, l’ambiance était gâchée et beaucoup de temps a été perdu, mais après, les mariés ont même plaisanté qu’ils sont photographiés par un récidiviste. J’ai travaillé avec cet officier à plusieurs autres reprises. Elle ne me saluait pas, et, si je me déplaçais dans la pièce, elle arrêtait la cérémonie de manière démonstrative, me demandant de retourner dans le coin “autorisé”.

Comment finir à Paris

Chacun d’entre nous rêve de voyager gratuitement. J’avais même un point dans ma liste de prix stipulant que je peux faire une séance photo gratuite à Paris, Rome, Vienne, New York et autres villes célèbres, si le client prend en charge tous les frais de transport et de séjour. C’était plus pour plaisanter, mais une fois, ça a marché.

Une jeune fille m’a appelé, et m’a annoncé que leur mariage aura lieu à Paris. Ils étaient prêts à payer le voyage, surtout si le travail en lui même était gratuit. On s’est mis d’accord pour se rencontrer. J’étais très joyeux, j’imaginais déjà mettre dans mon portfolio des photos avec des vues de la capitale française et cela permettra d’augmenter le flux de clients. De plus, mon visa était encore ouvert, il ne restait plus qu’à faire les valises. Le jour de notre rencontre, je leur ai tout de suite dit qu’ils n’auront pas à dépenser d’argent pour le visa. Les clients sont devenus confus. Quel visa ? L’endroit en question n’est qu’à 300 km d’ici. Nous vous donnerons de l’argent pour l’essence et vous fournirons un lit dans la maison de notre famille.

Ici, il s’est avéré que le mariage aurait lieu non pas à Paris, mais dans un village du même nom, où vivent les futurs mariés. Et je n’avais rien à objecter : je n’avais pas précisé s’il s’agissait de la capitale française. De plus, dans la région où je vis, il y a bien un village du même nom. Je n’ai pas refusé, mais j’ai seulement demandé qu’ils me payent une chambre d’hôtel dans la ville la plus proche. Le mariage s’est parfaitement bien déroulé, après quoi les mariés ont admis qu’ils avaient parfaitement compris de quel Paris il était question, mais ont décidé de tenter leur chance et d’obtenir une séance photo gratuite. Ils ont réussi.

Des photos “invisibles”

Une jeune fille m’a demandé de travailler au mariage d’un ami. Lors de notre conversation téléphonique, elle m’a averti que le couple sera inhabituel. On s’est mis d’accord pour se rencontrer dans un café, et quand j’y suis arrivé, j’y ai vu 3 personnes assises à notre table. Je me suis approché d’elles, leur ai dit bonjour et là, j’ai compris que deux d’entre elles ne me voyaient pas. Là, la deuxième femme s’est levée, et m’a dit que c’était elle qui m’avait appelé, que les futurs mariés étaient ses amis et qu’ils sont aveugles. Je suis resté silencieux pendant un certain temps — je ne savais tout simplement pas quoi dire. Pour moi, c’était la première fois que je devais faire une séance photo avec des personnes aveugles.

La mariée a interrompu cette pause gênante en me disant qu’elle s’appelle Anna, que son fiancé est Peter, et que j’avais été choisi par leur amie Lena, avec qui j’ai parlé au téléphone. Les photos seront avant tout nécessaires pour que leurs futurs enfants puissent voir le mariage de papa et maman, et ensuite seulement pour les parents, les amis, et pour être accrochés sur les murs. Ils font confiance à leur amie, qui a sélectionné un certain nombre de photographes. La seule question est ma capacité à travailler avec des gens qui ne voient pas, et la possibilité de ne pas insérer ces photos dans mon portfolio. Anna et Peter ne voulaient pas être publiés, mais de nombreux photographes ont demandé un supplément pour ce service. À la fin, Anna a plaisanté en disant que si le travail sera mauvais, ils ne seront pas fâchés parce qu’ils ne verront pas mon échec.

On a parlé pendant plus de deux heures, tout leur convenait, et nous avons signé le contrat. Lors du mariage en question, c’était vraiment difficile de travailler. Chaque moment du tournage a duré plus longtemps que d’habitude, mais j’ai acquis beaucoup d’expérience dans l’explication aux gens de ce que j’attends d’eux. Il y a aussi eu des erreurs de ma part : lorsque je travaille avec des couples, je leur demande souvent de se regarder l’un l’autre, ou de regarder sur le côté, et là, j’ai fait la même chose. J’ai immédiatement commencé à m’excuser, mais Anna et Peter se sont avérés être sympas et plaisantaient en disant qu’ils peuvent regarder n’importe où, mais ce n’est pas sûr qu’ils arriveront à voir. J’étais très inquiet du résultat : c’étaient les parents qui vérifiaient le travail, ainsi que Lena qui m’a aidé de toutes les manières possibles durant les séances photo. Ils ont tout aimé. Anna et Peter ont appelé ces photos des photos “invisibles”. Nous avons travaillé ensemble plusieurs fois encore. Ils ont une superbe fille et une famille heureuse.

Un cadeau d’anniversaire inattendu

Un jour, un garçon m’a contacté : je filmais un événement pour leur classe, et voilà qu’il s’est souvenu de monsieur le photographe. Il m’a demandé combien coûte une heure de travail, mais est devenu triste quand il a entendu la somme. Il s’est avéré que c’était l’anniversaire de sa mère, et elle rêvait de faire des photos de famille. Il a alors inventé un tel cadeau, mais n’avait pas assez d’argent. Je lui ai demandé combien il était prêt à payer, et il a dit qu’il avait économisé 50 euros. J’ai été ému par le désir de l’enfant, et j’ai alors accepté de venir prendre des photos. J’ai demandé le numéro de téléphone de sa mère, mais le jeune client avait une seule condition : ne rien lui dire. C’était une surprise.

Le jour J, je me suis présenté à l’adresse indiquée. J’ai appelé le gamin, et il a accouru pour ouvrir la porte d’entrée de l’immeuble. On est entré dans l’appartement. Toute la famille était assise à une grande table, et tout le monde a regardé avec étonnement le nouveau venu et le petit garçon. Ce dernier a annoncé que je suis un cadeau pour sa mère. Les regards sont devenus tendus, et en trouvant celui qui l’était le plus, j’ai réussi à identifier le père de l’enfant. Merci au client, qui a ajouté que sa mère rêvait de prendre des photos, il a alors décidé de lui offrir une séance photo.

La femme a été émue, et les autres ont commencé à féliciter le garçon. Après cela, nous avons décidé d’aller dans un parc à côté de la maison, où j’ai pris des photos de toute la famille. Le garçon a tenu parole : à la fin de la séance, il m’a donné l’argent. Je ne l’ai pas pris, bien que la famille essayait de me convaincre de prendre le tarif habituel. J’ai dit au garçon d’acheter des fleurs pour sa mère. Il n’y a pas beaucoup d’histoires où les enfants veulent réaliser les rêves de leurs parents, alors ça ne me coûte rien de passer quelques heures de ma vie à aider.

À ton avis, qui a le plus de difficultés lors des séances photos : ceux qui posent pour la caméra, ou ceux qui la tiennent ?

Photo de couverture fayruzov / pikabu