Comment notre cerveau nous fait tomber amoureux

Psychologie
Il y a 7 mois

Avoir un coup de foudre. Avoir des papillons dans le ventre. En pincer pour quelqu’un. Ce ne sont que quelques façons de dire qu’on est en train de tomber amoureux. Un sentiment si bouleversant qu’il fait battre notre cœur plus vite et que nos mains deviennent moites. Et même si on pense que l’amour est quelque chose qui se passe dans notre cœur, en réalité il se passe dans notre cerveau. Voici Sarah. Nous allons la suivre pour comprendre comment fonctionne la science de l’amour dans le cerveau.

Elle va à son premier rendez-vous avec un homme qu’elle a rencontré sur une appli de rencontre. Elle a passé toute la soirée à hésiter sur sa tenue. Et quand le moment est enfin venu de rencontrer son cavalier, elle se sent prise de vertiges et a des picotements dans le ventre. La plupart d’entre nous peuvent s’identifier à ces sensations, que les psychologues regroupent sous le terme d’anticipation. La science explique que c’est dû au fait que notre cerveau libère une grande quantité de cortisol, également connu sous le nom d’hormone du stress. La libération de cortisol nous fait entrer dans un mode de combat ou de fuite. Ce qui signifie que si le match de Sarah a 20 minutes de retard et qu’il n’envoie pas de SMS d’explication, elle va probablement quitter le restaurant aussi vite que possible. Le dating peut être difficile à traiter pour notre système car il est très incertain. Tom va-t-il plaire à Sarah ?

Ils risquent tous les deux quelque chose en étant là. Mais comme le risque est souvent récompensé, tomber amoureux stimule une autre partie de notre cerveau. Cette partie est connue sous le nom de zone de récompense et de compensation, ou aire tegmentale ventrale, ou ATV. Lorsque l’ATV est stimulée, on se sent motivé et satisfait. On stimule l’ATV notamment lorsqu’on mange quelque chose de sucré, ou lorsqu’on étanche sa soif. Mais il y a un revers de la médaille. Il s’avère que Tom ne s’est pas présenté au rendez-vous et Sarah s’est sentie rejetée. Dans ce cas, l’ATV est aussi stimulée. Cette partie du cerveau est responsable de nos envies. Et tu sais ce qu’on dit : on veut toujours ce qu’on ne peut pas obtenir.

Alors Sarah essaie à nouveau. Elle va à un autre rendez-vous et rencontre David. Et il s’avère qu’ils sont compatibles. Après quelques rendez-vous, Sarah ne pense plus qu’à David. Elle pense à lui pendant plus de 80% de son temps d’éveil. Et c’est tout à fait normal. Selon la neuroscientifique comportementale Dr. Sandra Langeslag, les personnes en phase d’amour précoce peuvent penser à l’être aimé jusqu’à 90% de leur temps. Donc oui, tomber amoureux est comme une obsession. Et cette obsession est intensifiée lorsque l’ATV libère le neurotransmetteur “sensation de bien-être”, connu sous le nom de dopamine. On ne se lasse pas de la dopamine ! À ce moment-là, Sarah commence à se sentir euphorique et encore plus attirée par David. Tout ce qui le concerne lui plaît. Et pendant un instant, elle croit avoir trouvé l’homme parfait.

Les raisons pour lesquelles Sarah et David craquent l’un pour l’autre peuvent aussi être expliquées par la chimie du cerveau. L’une des raisons peut être ce qu’on appelle les phéromones. Les deux parties peuvent capter les phéromones de l’autre, qui sont des signaux chimiques naturels qui transmettent des informations génétiques ou même physiques. En gros, leurs cerveaux comprennent que leur génétique va bien ensemble, ce qui intensifie la production d’œstrogènes — dans le cas de Sarah — et de testostérone — dans le cas de David. À ce stade, ils ont tous les deux tendance à considérer l’autre comme parfait. La phase d’engouement aveugle se produit parce que la partie du cerveau qui fonctionne s’exprime plus fort que le cortex préfrontal — qui héberge la pensée critique. On ne peut donc littéralement pas critiquer l’objet de notre désir. Mais ça ne va pas durer éternellement.

Avec le temps, Sarah et David commencent à partager des secrets intimes et même une routine quotidienne. Ils entrent dans une nouvelle phase de leur relation, connue sous le nom d’attachement, ou d’amour compassionnel. À ce stade, leur cerveau commence à libérer de l’ocytocine et de la vasopressine, connues sous le nom d’hormones d’attachement du couple. Elles signalent la confiance, le sentiment de soutien et l’attachement. Les deux se sentent plus en sécurité dans la relation, et ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre pour construire un avenir heureux ensemble. En ce sens, l’amour romantique est similaire à d’autres formes d’amour, car ces hormones aident aussi à lier les familles et les amitiés. Mais voici un curieux effet secondaire de la libération d’ocytocine. Sarah vit des moments difficiles à son travail depuis que son entreprise a décidé de réduire son personnel de moitié. Tout le monde a peur d’être licencié et le niveau de stress monte en flèche. Mais Sarah parvient à garder son stress sous contrôle. Le fait qu’elle soit dans une relation engagée à long terme l’aide à se sentir plus détendue. Et elle doit tout cela à la libération constante d’ocytocine par son cerveau.

Une étude de 2019 a montré que de forts liens d’amour romantique peuvent rendre les épreuves plus tolérables. On a demandé à 102 participants de plonger leurs mains dans de l’eau glacée pendant quelques minutes. Et parmi ces participants, ceux qui étaient dans des relations engagées semblaient ressentir moins de stress ou de douleur ; même ceux dont le partenaire n’était pas à leurs côtés pendant l’expérience. Il leur suffisait de se fier à une image mentale de leur partenaire. C’est ce qu’on appelle le pouvoir de l’amour !
D’autres choses bizarres peuvent se produire lorsque tu es amoureux. Comme la télépathie, par exemple. C’est très sérieux, les chercheurs appellent ça la “synchronisation neuronale”, ce qui signifie que les couples ont tendance à partager des schémas de pensée similaires. Le professeur Zoe Donaldson, qui a mené l’étude, affirme que plus un couple est connecté, plus il peut faire preuve de synchronisation neuronale. Une autre étude a révélé que les couples peuvent même synchroniser leurs battements de cœur lorsqu’ils dorment côte à côte.

Les humains ne sont pas les seuls à pouvoir tomber amoureux et à vivre les choses dont nous avons parlé. Il est prouvé que certains animaux ressentent des liens d’attachement les uns envers les autres. Par exemple, les albatros reviennent toute leur vie avec le même partenaire. Ils migrent tous les ans mais reviennent toujours à un endroit précis où ils se retrouvent avec leur bien-aimé.
Maintenant, il est normal qu’avec le temps, la phase d’engouement s’estompe, et que le cortex préfrontal puisse enfin faire son travail. Le jugement et l’esprit critique surgissent à nouveau, et les deux parties commencent à voir les défauts de l’autre. Sarah n’aime pas la façon dont David laisse toujours ses chaussettes éparpillées dans l’appartement. Et David pense que Sarah regarde trop Netflix. Le problème, c’est que parfois, ces petites choses deviennent trop importantes et les relations peuvent tout simplement prendre fin.

De façon assez surprenante, les ruptures sont aussi gérées par le cerveau. Bien que Sarah pense avoir fait le bon choix en se séparant de David, elle ressent quelque chose proche de la douleur physique. C’est parce que les peines de cœur activent le cortex insulaire, une région du cerveau qui gère la douleur. Mais le cortex insulaire ne distingue pas la douleur émotionnelle de la douleur physique. Ainsi, un chagrin d’amour peut faire aussi mal qu’une entorse à la cheville. Au fil des jours, Sarah se surprend à rêvasser à l’idée de recontacter David. En rangeant sa maison, elle a trouvé certaines des choses que David a oublié d’emporter avec lui. Parfois, l’envie de le contacter semble irrépressible, comme une faim ou une soif extrême. Cela se produit parce que l’ATV est de nouveau activée — le centre de motivation et de récompense qui alimente les sentiments de désir. La même partie du cerveau qui a été activée au début de leur histoire ensemble. Ce tourbillon émotionnel active également le système d’alarme du corps de Sarah — l’axe du stress. Et comme elle produit maintenant moins d’ocytocine, il peut lui sembler difficile de gérer tout ce qu’elle ressent.

Mais tout ça va s’arranger. Avec le temps, la région corticale supérieure est activée. Cette zone est chargée de superviser la raison et le contrôle des impulsions. Elle freine ces envies irrationnelles. Ainsi, l’envie d’envoyer un SMS à David s’estompe lentement. Ce n’est pas la première rupture de Sarah et elle sait qu’elle s’en remettra avec le temps. Quand elle était plus jeune, à l’adolescence, il lui était beaucoup plus difficile de se remettre d’une rupture. C’est parce que la région corticale supérieure était encore en cours de maturation. Les adolescents ont donc tendance à avoir moins de mécanismes de contrôle de soi dans ce genre de situation. Très bientôt, Sarah aura envie de rencontrer quelqu’un à nouveau. Et, une fois de plus, elle montera à bord de ces montagnes russes qu’on appelle communément l’amour.

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