La Vie Nocturne Avant l’Électricité

Développements
Il y a 6 mois

Il est 22 heures. Tu as soudain faim et tu te diriges vers le réfrigérateur. Mais il n’y a rien à l’intérieur. Tu décides alors de te rendre au supermarché le plus proche. Tu y trouves l’en-cas que tu voulais et tu payes par carte. Sur le chemin du retour, tu te demandes s’il était aussi facile de se procurer de la nourriture en ville il y a un siècle ? L’une des lampes de rue vacille et s’éteint. Tu es dans l’obscurité totale. Tu as peur ? Tu comprends maintenant ce que les gens ressentaient après le coucher du soleil à l’époque où l’électricité n’existait pas encore.

Nous sommes tellement habitués à l’électricité que nous oublions qu’elle existe depuis moins d’un siècle. En 1925, seulement la moitié de l’ensemble des foyers américains avaient l’électricité. Sans elle, rien ne serait possible aujourd’hui. La lumière dans ta chambre, le réfrigérateur, les enseignes des magasins et les cartes de crédit : tout cela a besoin d’électricité pour fonctionner. Alors, comment les gens vivaient-ils sans courant électrique ? Nos villes étaient-elles plongées dans l’obscurité totale ? Pas tout à fait. L’histoire de l’éclairage de nos maisons et de nos rues remonte à des milliers d’années.

Récemment, en 2022, des archéologues ont découvert la plus ancienne lampe à huile intacte. Ils ont estimé son âge à 2 300 ans. Il existe des preuves de l’existence d’ateliers qui produisaient ces lampes à grande échelle. Des scientifiques italiens ont découvert des lampes similaires à Modène. Cette ville était le centre de production de lampes à huile de l’Empire romain. Les ateliers étaient si nombreux qu’ils avaient même des marques différentes [Fortis, Phoetaspi et Strobili]. Certaines d’entre elles étant très demandées, elles ont été copiées par d’autres fabricants. Et nous qui pensions que les contrefaçons étaient un problème moderne.

Ces lampes à huile étaient de conception simple. Les lampes haut de gamme étaient fabriquées en bronze et autres métaux. Mais le matériau le plus courant était l’argile. Les gens versaient de l’huile par le trou central et brûlaient ensuite une mèche à l’intérieur de la zone du bec. La mèche était le plus souvent en lin. Mais les lampes à huile étaient de petite taille et utilisées à l’intérieur. Il n’était pas possible d’éclairer une rue entière avec ces lampes. L’alternative était, tu l’as deviné : les bougies.

L’homme utilise encore des bougies aujourd’hui. Ta grand-mère a probablement une bougie et une boîte d’allumettes cachées dans un tiroir quelque part, au cas où il y aurait une panne de courant. L’homme fabrique des bougies depuis cinq mille ans. Quand on pense à une bougie, on pense à la cire d’abeille. Mais l’éventail des matériaux utilisés pour en confectionner est assez large. Au Moyen Âge, seuls les riches pouvaient s’offrir des bougies en cire d’abeille. Le reste de la population devait se contenter de celles de suif. Selon les normes modernes, les bougies ont un très mauvais rendement énergétique.

Te souviens-tu de la première fois que tu as vu une bougie et que tu as essayé de la toucher ? Aie. Tu n’as plus jamais été tenté de le faire, n’est-ce pas ? Les bougies consomment beaucoup d’énergie pour produire de la chaleur. C’est pourquoi elles sont loin d’être des sources de lumière idéales. Et la lumière qu’elles émettent n’est pas celle dont nous avons besoin. Il s’agit d’infrarouges. L’homme ne peut pas voir ce type de lumière. Les chiffres sont stupéfiants : Seul un pour cent de la lumière des bougies est visible pour l’homme. Les ampoules modernes sont beaucoup plus efficaces. Elles brillent 80 fois plus que les bougies.

Dans ces conditions, nos ancêtres ont dû faire preuve d’imagination. Par exemple, ils recouvraient les œuvres d’art d’une fine couche d’or. Cette technique s’appelait la feuille d’or. Les artistes ne faisaient pas cela pour donner à leurs œuvres un aspect luxueux. Ils voulaient que leurs peintures brillent à la lumière des bougies. Et ils avaient un autre allié dans la lutte contre l’obscurité, La lumière naturelle. T’es-tu déjà demandé pourquoi les vieilles églises ont des fenêtres hautes et allongées ? Leur principale fonction était de laisser entrer la lumière du soleil à l’intérieur. Après tout, ces structures étaient immenses. Il n’y avait pas d’autre moyen de les éclairer. Prenons l’exemple de Notre-Dame [Paris, France]. Elle couvre une surface quatre fois fois plus grande qu’une patinoire de hockey. Et le bâtiment mesurait 64 mètres de haut. C’est à peu près la moitié de la hauteur de la grande pyramide de Gizeh.. Il était donc logique de construire de grandes fenêtres.

Dans les maisons, les miroirs avaient le même effet que les fenêtres. Ils reflétaient la lumière naturelle autour de la maison. Avant l’arrivée de l’électricité, nos maisons étaient remplies de miroirs. Et combien en avons-nous aujourd’hui ? Un dans la salle de bain et peut-être un dans l’entrée ? C’est parce que nous n’avons plus besoin de ces miroirs pour refléter la lumière. Ils ont tous été remplacés par un simple interrupteur. Aujourd’hui, les architectes d’intérieur conseillent aux gens de retirer les miroirs de leur chambre à coucher pour mieux dormir. C’est un sacré retournement de situation.

Mais qu’en est-il des bâtiments que les gens visitent la nuit, tels que les théâtres et les opéras ? La solution était étonnamment basique. On utlisait des bougies, des milliers de bougies. Les constructeurs les montaient sur de grands lustres. Mais il y avait un problème. Toutes ces bougies dégagaient de la chaleur et ne brûlaient qu’un maximum d’une heure. Les dramaturges et les compositeurs devaient ajouter des pauses pour que le personnel ait le temps de remplacer les bougies.

As-tu déjà brisé une ampoule par accident ? Ce n’est pas une expérience agréable. Mais heureusement, tu peux nettoyer le verre avec un balai en quelques secondes. Avant l’électricité, une telle maladresse coûtait la vie aux gens. En renversant une bougie, on pouvait déclencher un grave incendie. Et il y avait un autre danger. Les dames portaient de longues robes qui présentaient un risque d’incendie aussi. Nos ancêtres jouaient littéralement avec le feu.

Tout ceci se déroulait à l’intérieur. À l’extérieur de la maison, il fallait porter une torche enflammée, ou espérer que le ciel ne soit pas nuageux pour naviguer à la lumière de la lune. Un Américain intelligent a décidé de ne pas sortir du tout la nuit. Benjamin Franklin se couchait à 22 heures et se levait à 5 heures du matin. Mais à Londres, sortir la nuit a créé une nouvelle activité. Les Link Boys portaient des torches pour les Victoriens. Ces jeunes attendaient à l’extérieur des auberges que les clients sortent à la tombée de la nuit et leur offraient leurs services. Ils faisaient leur travail même en cas de brouillard épais. Voilà de quoi a l’air le climat en Angleterre.

Avant l’arrivée de l’électricité, il était dangereux de sortir après le coucher du soleil. Mais cela a changé en 1807. Un ingénieur allemand [Frederick Winsor] a éclairé une rue de Londres à l’aide de lampes à gaz. Il est devenu enfin possible de sortir la nuit et de se sentir en sécurité. Mais ces lampes à gaz n’étaient pas faciles à utiliser. Au crépuscule, l’allumeur de réverbères devait en quelque sorte se munir d’une torche pour les allumer. Puis, à l’aube, il devait faire un nouveau tour pour éteindre les flammes. Cela ressemblait à une bonne séance de cardio. Et c’était le cas. Pendant toute sa carrière, un allumeur de réverbères pouvait facilement parcourir 241 000 kilomètres au total.

Puis, l’électricité a fait son apparition. Dans les années 1870, Thomas Edison a été le premier à produire des ampoules commerciales. Une ville de l’ouest de la Roumanie [Timisoara] est devenue le premier endroit en Europe à avoir des lampadaires électriques. La moitié des foyers britanniques ont été alimentés en électricité à la fin des années 1930. L’ère de l’électricité avait commencé. Mais il y avait encore des progrès à faire.

À l’époque, le type d’ampoule le plus courant était l’ampoule incandescente. C’est celle qui contient un filament qui produit de la lumière lorsqu’il est chauffé par l’énergie électrique. Ce type d’ampoule est similaire à une bougie. Elle produit de la chaleur plutôt que de la lumière. Et le ratio t’étonnera. 95 % de l’électricité qui traverse l’ampoule est convertie en chaleur. Oui, tu as bien entendu. Seuls 5 % de l’énergie sont utilisés pour créer de la lumière. Malgré cela, l’énergie électrique a changé notre façon de vivre.

En l’an 1800, seuls deux pour cent de la population mondiale vivaient dans des villes. Et il y a une bonne raison à cela. Les villes étaient des endroits sombres, éclairés uniquement par des bougies et des lampes à huile. Il n’y avait pas d’éclairage public. Après l’avènement de l’électricité, les chiffres ont changé. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié de la population mondiale [56 %] vit aujourd’hui dans des villes. Et nos établissements urbains sont bien différents de ce qu’ils étaient il y a seulement un siècle et demi. Nos villes brillent aujourd’hui sur les images satellites. Depuis l’espace, Las Vegas est la ville qui brille le plus la nuit.

Mais l’histoire de l’illumination est loin d’être terminée. En 2006, la ville d’Ann Arbor (Michigan, États-Unis) a été la première agglomération à utiliser des LEDs pour l’éclairage public. Il s’agit de diodes électroluminescentes. Ce nouveau type d’éclairage consomme au moins 75 % d’énergie en moins que l’ampoule mise au point par Edison dans les années 1800. Ces ampoules durent également plus longtemps : jusqu’à 25 fois.

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