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“J’ai pitié de toi” : un récit dans lequel nous découvrons que parfois, la pitié pour son prochain devrait être gardée pour soi

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“La pitié blesse un cœur ambitieux”. Voici ce qu’a écrit la journaliste et romancière Jovette Bernier dans son livre La chair décevante. En effet, tout autant que la compassion et l’envie d’aider autrui, la pitié est l’un des sentiments qui nous rend humains. Mais est-elle toujours la bienvenue ? Malgré son apparente innocence, une pitié mal placée peut devenir la raison d’une frustration, voire même d’un conflit, sans même que nous nous rendions compte du mal que nous venons accidentellement de réaliser.

Chez Sympa, nous sommes tombés sur un récit très curieux écrit par la psychologue Elena Pasternak, dans lequel elle nous explique pourquoi la pitié ne reflète souvent que notre monde intérieur qui n’a rien à voir avec le réel état des choses.

J’ai, pour la première fois, entendu la phrase “J’ai pitié de toi” lorsque j’avais 9 ans. C’était l’une de mes camarades de classe qui me l’avait dite. Je revenais tout juste d’un concert de Noël où j’avais dansé et sauté de joie durant toute une soirée, où j’avais mangé des gâteaux à m’en rendre malade, et où on m’avait offert un magnifique ensemble de vaisselle en porcelaine pour ma poupée. J’avais un énorme sac de bonbons, j’étais vêtue d’une merveilleuse robe blanche recouverte de paillettes qui ressemblait étonnemment à celle d’une princesse, et je devais me rendre à une autre fête le lendemain. La vie était belle et j’étais sincèrement heureuse... Mais ma camarade de classe a eu pitié de moi parce que j’avais eu une note de 0/20 pour mon comportement en classe.

On avait pitié de moi, même lorsque je ne pensais décevoir personne : les gens ont eu pitié de moi lorsque j’ai divorcé, lorsque j’ai quitté mon travail, lorsque j’ai commencé de nouveaux projets, lorsque j’ai radicalement changé ma vie, et même lorsque je suis tombée amoureuse. Au lieu d’épargner leurs nerfs et leur temps précieux, ils continuaient d’avoir pitié de moi, même durant les moments où je ne m’apitoyais pas du tout sur mon sort. Récemment, une femme a eu pitié de moi parce que je loue un appartement et que je n’ai pas encore acheté mon propre logement. Elle a dit qu’à mon âge, il était grandement temps de penser à ma vieillesse.

Je suis très loin d’être vieille : je suis une belle jeune femme indépendante, sans problèmes de santé, avec un bon revenu, un appartement de 90 m2 dans un immeuble de luxe, et demain, je me rends à la mer pour un mois entier. J’ai un jeune et très beau mari, énormément de projets futurs qui attendent d’être réalisés, des idées nouvelles et des offres d’emploi prometteuses. J’écris le scénario d’un long-métrage avec une équipe de professionnels fantastiques qui me considèrent comme leur égale. De plus, je compte passer mon hiver en Floride. Mais cette femme a tout de même pitié de moi. Parce que ma vie ne ressemble pas à la sienne.

J’aurais pu avoir pitié d’elle en retour, mais je suis beaucoup trop paresseuse pour le faire : mon dîner n’est pas encore prêt, mon paysage aquarelle n’est pas terminé, mes tenues de vacances ne sont pas repassées et je n’ai pas fini de regarder toute la série de Game of Thrones.

Mon amie voyage à travers le monde avec son ordinateur portable et son appareil photo. Ses appareils coûtent autant qu’un T2 à Lyon, ses revenus lui permettent de vivre comme elle l’entend et là où elle l’entend, ses photos sont publiées dans les médias les plus populaires, et cela fait cinq ans qu’elle sort avec un homme merveilleux qui la soutient en tout. Mais il existe tout de même des personnes qui ont pitié d’elle. Parce qu’elle (attention !) n’a pas de travail stable et d’enfants. Et on s’en fiche qu’elle n’ait que 30 ans : selon certaines personnes, elle n’a pas réalisé sa principale raison d’être en tant que femme. Et à la fin, on lui a même souhaité que des enfants lui cassent son objectif de caméra et lui déchirent toutes ses photos pour qu’elle retrouve enfin ses esprits et comprenne ce qui est “réellement important” dans la vie.

Le monde est plein de personnes compatissantes qui se soucient de tout le monde. Elles se sentent désolées pour Monica Belluci, parce que son mari l’a quittée. Quelle horreur ! Être la plus belle femme du monde, et divorcée... Quelle pitié. Elles plaignent aussi Scarlett Johansson à cause de la cellulite à peine visible sur ses cuisses : “La pauvre, comment est-elle devenue l’actrice préférée de Woody Allen avec des jambes aussi moches”. Les personnes du genre ont pitié de Stephen Hawking, bien qu’il ait mené une vie dont la plupart des personnes “en bonne santé” ne peuvent que rêver et qu’il ne se soit jamais considéré comme handicapé. Elles plaignent tout aussi bien Quentin Tarantino parce qu’il a une “imagination malade”. Il occupe la 12ème place dans la liste des meilleurs réalisateurs de tous les temps ? Oh, le pauvre...

Pour certains, le plus fou des rêves est de payer l’hypothèque d’un studio dans une ville-dortoir. Pour d’autres, le rêve est de faire carrière à Hollywood. Les troisièmes ne pensent qu’à se marier et à avoir plein d’enfants. Il existe d’innombrables rêves et objectifs : acheter de nouvelles bottes et se rendre au Pérou pour photographier les oiseaux, terminer son roman, découvrir qui est le véritable père de l’enfant de son instagrameuse préférée, créer un film, ou encore devenir scientifique. En même temps, il existe aussi ceux qui ont pitié de ceux qui vivent autrement qu’eux. Ces personnes ont du mal à accepter qu’il existe une autre vie que la leur, avec d’autres rêves, d’autres priorités, et d’autres valeurs.

Vis de manière à ne jamais avoir le temps d’avoir pitié des autres. Accepte le monde dans toute sa diversité et n’aie pas peur d’être pris en pitié. Sois magnanime, car seule une personne magnanime peut accepter l’existence d’une vie différente de la sienne sans vaciller. Car après tout, il y a une place pour tout dans ce monde, et chacun a le droit de choisir son propre chemin.

C’est tout ce que je voulais vous raconter pour aujourd’hui.

Sympa publie ce récit avec la permission de son auteure : la psychologue et blogeuse Elena Pasternak.

Et toi, as-tu déjà dû faire face à une pitié du genre qui n’était en fait qu’une incompréhension totale de ton mode de vie ? Quelle a été ta réaction ? N’hésite pas à partager ton expérience avec les autres lecteurs de Sympa dans les commentaires !

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